Politique

A’Salfo : « Assimi Goïta a compris que la libération des soldats ivoiriens était indispensable »

Libération des soldats ivoiriens détenus au Mali, instabilité chronique dans le Sahel, rôle de la jeunesse dans le développement… Le leader du groupe Magic System commente sans détour l’actualité africaine.

Mis à jour le 7 janvier 2023 à 10:30

Salif Traoré, alias A’Salfo. © Vincent Fournier / JA – Montage JA

L’ACTU VUE PAR – Le leader du groupe Magic System, qui tient le haut de l’affiche depuis un quart de siècle, est un homme très occupé. Chanteur et musicien, patron de son propre label – Gaou productions –, Salif Traoré, alias « A’Salfo », est aussi le directeur du Festival des musiques urbaines d’Anoumabo (Femua), dont la quinzième édition se tiendra en avril prochain. Et comme si cela n’était pas encore assez, il a repris ses études, en intégrant la branche abidjanaise de HEC Paris, où il prépare un mémoire de Master.

Entre deux sessions de répétition avec son groupe – Magic System travaille à la sortie d’un nouvel album en 2023 et prévoit une vaste tournée européenne en juin prochain –, A’Salfo a répondu aux questions de Jeune Afrique sur les dossiers chauds de l’actualité ivoirienne. La grâce accordée par Assimi Goïta aux 49 soldats condamnés à 20 ans de prison pour « tentative d’atteinte à la sûreté extérieure de l’État » au Mali, bien sûr, mais aussi la propagation du feu jihadiste dans le Sahel, ainsi que la question de la place de la jeunesse dans le développement du pays. Un sujet qui lui tient particulièrement à cœur.

Jeune Afrique : Assimi Goïta a accordé une grâce aux 46 soldats ivoiriens condamnés par la justice malienne à 20 ans de prison, ainsi qu’à leurs trois collègues qui avaient été libérées en septembre dernier. Quelle est votre réaction à cette annonce ? 

A’Salfo : Je suis très heureux pour les militaires, mais aussi de voir que nous sommes parvenus à une fin heureuse. Ce problème n’avait que trop duré et polluait les relations entre la Côte d’Ivoire et le Mali. Ce sont deux peuples qui sont historiquement solidement liés. Alassane Ouattara a fait preuve de sang-froid pour mener cette délicate affaire à bien. Il doit en être remercié. Tout comme les autorités maliennes. Assimi Goïta a compris que la libération des soldats était une priorité pour la Côte d’Ivoire, indispensable pour préserver les bonnes relations entre nos deux peuples, qui sont frères.

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Outre ces tensions entre la Côte d’Ivoire et le Mali d’Assimi Goïta, on voit désormais poindre aussi des crispations dans les relations avec le Burkina Faso d’Ibrahim Traoré. Quel regard portez-vous sur la situation à Ouagadougou ? 

La situation au Burkina-Faso est complexe. Deux coups d’État en une année, cela ne peut évidemment que provoquer une forte instabilité dans le pays. Et lorsque l’on observe que le sentiment anti-français gagne du terrain et que l’on voit les signes d’un rapprochement clair entre les autorités burkinabè et la Russie, on ne peut que s’inquiéter pour la cohésion de la sous-région. Vous savez ce que l’on dit : quand la Côte d’Ivoire éternue c’est le Burkina qui est enrhumé, et vice-versa. Une déstabilisation du Burkina n’est profitable à aucun pays de la sous-région.

Nous sommes évidemment tous d’accord pour en finir avec le jihadisme. Mais il ne faut pas se tromper de combat. Ce n’est pas un combat contre la France ou contre la Russie, c’est un combat contre le terrorisme. Tous les pays de la région doivent s’associer pour éradiquer le terrorisme et en finir avec toutes ces actions de déstabilisation.

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Revenons sur vos nombreux projets en cours. En mars dernier, vous avez signé un partenariat avec CMA CGM pour financer les actions de la Fondation Magic System dans l’amélioration de l’accès à l’éducation. Ces projets sont-ils déjà en route ? 

La Fondation CMA CGM, par Tanya Saadé Zeenny, a la même vision que la Fondation Magic System, il nous a semblé qu’une synergie pouvait être bénéfique pour tous. CMA CGM est très implanté dans le pays, mais le développement ne doit pas passer que par le business, les entreprises ont aussi une responsabilité sociale à assumer. C’est ce qui les a poussés à se rapprocher de nous, pour financer la construction d’écoles là où c’est utile. La première issue de ce partenariat à voir le jour se trouve à Elicoubê, dans la commune de Port-Bouët. Elle accueille déjà des élèves, mais nous allons l’inaugurer officiellement le 26 janvier.

Dans son discours de fin d’année, lors duquel il a notamment annoncé la revalorisation du salaire minimum, Alassane Ouattara a également affirmé que 2023 serait « l’année de la jeunesse ». Un signe positif, selon vous ? 

Oui. J’ai surtout été très heureux d’entendre qu’il souhaitait accompagner les jeunes créateurs d’entreprises et mettre en place un accompagnement plus efficace pour les PME. Aujourd’hui, en Côte d’Ivoire, il est devenu très simple de créer une entreprise. Mais pour obtenir un accompagnement de qualité, c’est beaucoup plus compliqué. Il a compris que la jeunesse doit être une priorité pour le développement du pays.