Culture

Le fleuve Sénégal, un écosystème en transition

Avec « Walangan, le delta du fleuve Sénégal en résistance », Yves Barou et Djibril Majigeen prennent le pouls d’un environnement vital pour le pays et menacé par le dérèglement climatique.

Mis à jour le 7 janvier 2023 à 12:21

Vue aérienne de Saint-Louis du Sénégal, entre océan et fleuve. © Yves Barou / Djibril Maligeen

Comment s’adapter au changement climatique dans une région où l’accès à l’eau représente déjà un enjeu socio-économiques majeur ? Plusieurs éléments de réponse se trouvent dans L’eau qui danse, Walangan : le delta du fleuve Sénégal en résistance, ouvrage coécrit par Yves Barou, photographe et économiste français, et Djibril Majigeen, chef d’entreprise et juriste franco-sénégalais également passionné de photographie. Ensemble, les auteurs ont fixé en image cette période d’adaptation aux nouvelles conditions météorologiques. Ils ont recueilli les témoignages des populations locales, d’hydrologues et de géographes afin d’étayer leurs propos.

À Lire Congo, Gambie, Sénégal : quand les scientifiques de Tara auscultent les fleuves africains

Optimisme

En couleur ou en noir et blanc, vus du ciel ou depuis le sol, les paysages photographiés illustrent la sécheresse croissante qui touche les abords du delta du Sénégal, fleuve devenu, malgré lui, sentinelle du réchauffement climatique. Si nombre de prises de vue de la faune et de la flore traduisent une réelle détresse hydrique, d’autres évoquent l’espoir d’une nature reprenant peu à peu ses droits. Il en va de même pour les photographies montrant l’activité humaine, où la pénibilité de certains travaux contraste avec l’optimisme rassurant qui se lit sur les sourires.

Salinisation des sols

Les propos cités dans l’ouvrage sont tout aussi nuancés. Il en va ainsi à propos de la « fragilité des sols vis-à-vis de la salinisation », que constate Alioune Kane, un géographe et hydrologue sénégalais. Bien qu’il s’agisse d’un phénomène naturel, l’intrusion des eaux salées dans le fleuve et ses conséquences sur l’aridité des sols environnant le delta risquent de s’aggraver en raison d’une pluviométrie régionale toujours plus aléatoire. La rareté des précipitations provoque une augmentation de la présence de sels marins dans les nappes phréatiques, d’où ils remontent vers la surface par capillarité ou du fait de l’irrigation. Après évaporation, ils se déposent sur les sols, les contaminent et les rendent impropres à des cultures pérennes. « Le niveau de la mer s’élevant, il va falloir composer avec le sel », soutient l’expert.

À Lire Sénégal : une île cristallise les enjeux de la lutte contre l’érosion côtière

 © Photo de couverture :  Une femme takhedient récolte des graines de nénuphars dans le parc du Diawling (Mauritanie)

© Photo de couverture : Une femme takhedient récolte des graines de nénuphars dans le parc du Diawling (Mauritanie)

Pour faire face à ce problème, l’Organisation pour la mise en valeur du fleuve Sénégal (OMVS) a mis en service un barrage anti-sel à Diama, en 1985. Ses bienfaits ne sont pas négligeables puisqu’il a permis, entre autres, d’empêcher une sur-salinisation des eaux de l’estuaire, de faciliter l’irrigation des cultures et de réguler le cours d’eau, améliorant ainsi le remplissage de plusieurs lacs (notamment celui du Guiers, principal réservoir d’eau douce du Sénégal).

Charbon de typha

Toutefois, cette retenue n’a pas eu que des répercussions positives. Elle a en effet favorisé la prolifération de plantes aquatiques envahissantes comme le typha, qui bloque l’écoulement et restreint l’accès à l’eau des populations. Omar, le fils aîné du chef de village de Mayel Aly, témoigne ainsi de ses difficultés à se rendre sur l’île voisine, où il a l’habitude d’amener à la nage son troupeau de vaches lorsque les pâturages se font insuffisants aux alentours du village. Le développement massif du typha a, pour lui, de graves conséquences économiques : « Dernièrement, nous avons perdu 28 vaches à cause d’une bousculade à la porte de l’île », affime-t-il.

Il a donc fallu trouver des utilisations ingénieuses de cette plante – comme la production de charbon. « Le charbon de typha, c’est moins cher [que le charbon de bois] et cela évite la déforestation ! Et puis, en coupant le typha on rend service au village », résume Mame Fary, une entrepreneuse à l’origine d’une coopérative visant à récolter puis à brûler cette plante pour produire du charbon.

L’eau qui danse, Walangan : le delta du fleuve Sénégal en résistance, d’Yves Barou et de Djibril Majigeen, TohuBohu Éditions, 240 pages, 32 euros.