Politique

À l’Europe les smartphones, à l’Afrique leurs déchets

Les autorités espagnoles viennent d’annoncer le démantèlement d’une organisation qui a envoyé plus de 5 000 tonnes de rebuts électroniques dangereux à plusieurs pays africains.

Mis à jour le 4 janvier 2023 à 18:00
Damien Glez

Par Damien Glez

Dessinateur et éditorialiste franco-burkinabè.

Un important trafic de déchets polluants, envoyé depuis l’Europe vers l’Afrique, a été révélé par les autorités espagnoles. © Damien Glez.

De nombreux déchets électroniques contiennent du mercure, du plomb, du cadmium, de l’arsenic et du phosphore, qui nécessitent une décontamination par des entreprises spécialisées. Un effort qui n’est pas du goût de certaines sociétés occidentales qui contournent la procédure au mépris des lois et de l’impact environnemental, notamment dans les pays destinataires des rebuts, généralement situés dans la partie sud de l’hémisphère.

À Lire Mass Thiam : « Au Sénégal, la gestion des déchets est un préalable absolu au développement »

Le 3 janvier, le ministère espagnol des Finances a annoncé le démantèlement par les douanes et la Garde civile d’une organisation ayant exporté, sur deux ans et vers l’Afrique, plus de 5 000 tonnes de déchets dangereux pour un bénéfice de plus d’un million et demi d’euros, soit près d’un milliard de francs CFA. Au total, 43 individus ont été interpellés « pour des délits présumés contre l’environnement, faux et usage de faux et appartenance à une organisation criminelle ».

Substances et gaz toxiques

Voués à la décontamination, les composants électroniques déclassés étaient retirés de la filière légale à l’aide d’une « supposée entreprise de gestion qui falsifiait des documents sur la provenance et la gestion ». Ils étaient ensuite présentés comme des articles de seconde main réutilisables sur le marché des produits et rejoignaient l’archipel espagnol des Canaries, au large de la côte nord-ouest de l’Afrique. De Tenerife, par bateaux, les déchets étaient déversés principalement au Sénégal, au Nigeria, en Mauritanie et au Ghana.

À Lire Affaire des déchets toxiques en Côte d’Ivoire : Adama Bictogo visé par une plainte des victimes du Probo Koala

C’est pourtant avec désespérance que les populations africaines voient le cobalt ou le tantale quitter, dans des conditions souvent désavantageuses, leur continent pour l’industrie des smartphones. Désormais, ces téléphones – supposément intelligents, eux – leur reviennent dans de tristes flux de pièces inutilisables, qui encombrent les pays du Sud et dégagent des substances et des gaz toxiques aux niveaux locaux et de la couche d’ozone. Déjà principaux responsables du réchauffement climatique, des acteurs du Nord mal intentionnés entendent à présent faire des pays africains des pollueurs malgré eux. Il reste à identifier les naïfs ou les escrocs qui, au Sud, acceptent de réceptionner ces marchandises mortifères…