Politique

En Algérie, Rachid Nekkaz renonce à la politique

Trublion de la vie publique, l’homme d’affaires et activiste franco-algérien condamné à cinq ans de prison annonce qu’il jette l’éponge.

Mis à jour le 4 janvier 2023 à 11:26

Rachid Nekkaz à Alger, le 10 mars 2021. © RYAD KRAMDI/AFP

Homme d’affaires et homme politique Rachid Nekkaz, qui purge actuellement une peine de cinq ans de prison, raccroche. À 51 ans, il a décidé d’arrêter la politique et s’en explique sur sa page Facebook, dans une lettre rédigée et remise à ses proches depuis sa cellule. Usé par la prison, le sulfureux activiste lie sa décision à « l’annulation surprise » d’une grâce présidentielle de 18 mois qu’on lui avait pourtant promise. Sans en aborder les raisons, il écrit qu’il s’est résigné « par la force des choses à arrêter la politique » et a informé le chef de l’État Abdelmadjid Tebboune de cette décision le 10 décembre 2022 pour l’assurer de sa rédemption.

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Il assure souhaiter désormais « se consacrer exclusivement à la résolution de ses problèmes de santé (de prostate, d’audition et de respiration), à l’écriture et à sa famille qu’il a sacrifiée et abandonnée égoïstement aux États-Unis depuis 10 ans et qu’il n’a pas revue depuis trois ans, accaparé qu’il était par l’idée de contribuer humblement à l’édification d’un État démocratique dans le pays de ses défunts parents. »

Durcissement des autorités

Le 3 juillet dernier, la cour d’appel l’avait condamné à 5 ans de prison et à une amende de 500 000 dinars – contre un an de détention prononcé en première instance – pour « incitation à un rassemblement non armé » et « appel au boycott des urnes » lors de la présidentielle avortée d’avril 2019. Ce qui témoigne d’un durcissement de la position des autorités vis-à-vis de ce franco-algérien habitué aux coups d’éclat. Sa “carrière” judiciaire avait commencé le 4 décembre 2019 quand il est arrêté pour « atteinte à l’unité nationale », « incitation à prendre les armes » et « attroupement et agression physique » après la diffusion d’une vidéo sur les réseaux sociaux dans laquelle il appelait les Algériens à s’en prendre aux parlementaires qui s’apprêtaient alors à voter la loi sur les hydrocarbures. Il avait ensuite été relâché, en février 2021, dans le cadre d’une vague de grâces présidentielles décidées pour marquer le deuxième anniversaire du Hirak.

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Pendant ce séjour de plus d’une année en prison, il fait parler encore de lui en proposant une aide financière à l’État pour que tous les détenus de la prison de Koléa où il se trouve, « puissent manger deux fois par semaine de la viande ou du poulet, et un dessert par jour », ainsi qu’il l’explique dans une requête adressée au ministre de la Justice.

Candidat à la présidentielle

Iconoclaste et provocateur, Rachid Nekkaz, diplômé de philosophie et d’histoire à la Sorbonne et qui a fait fortune en France dans les start-up et l’immobilier, est en particulier connu pour avoir été, par deux fois, candidat à la présidentielle en Algérie (en 2014 et en 2019). Recalé en 2014 faute de parrainages suffisants, il était alors resté dans le pays qu’il sillonnait de bout en bout pour dénoncer le système en place, porté par son ambition de devenir un jour président. Et rappelant régulièrement son itinéraire de trublion politique en France, où il affirmait avoir payé plus de 1 169 amendes infligées à des femmes musulmanes pour port du voile intégral dans l’espace public. « Je suis très fier, en tant qu’Algérien, de donner une leçon de démocratie et de respect des liberté individuelles aux pays des droits de l’homme », assurait-il.

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Lors du scrutin de 2019, son dossier avait été rejeté au motif qu’il possédait, jusqu’en 2013, la nationalité française. Or la loi algérienne prévoit qu’un postulant à un scrutin ne doit jamais avoir possédé une autre nationalité, tout comme il doit justifier d’une résidence en Algérie d’au moins dix ans. Pour contourner son inéligibilité, Rachid Nekkaz avait alors imaginé un subterfuge ubuesque : quelques heures avant l’expiration du délai de dépôt de dossier de candidature, c’est son cousin paternel – lui aussi nommé Rachid Nekkaz ! -, mécanicien de profession, qui se présente à sa place.

Popularité écornée

Face à la stupéfaction de l’opinion publique, Nekkaz explique sa stratégie et affirme : « Si mon cousin est élu, on changera la Constitution en une semaine, et on créera le poste de vice-président que j’occuperai. Mon cousin démissionnera par la suite et je prendrai alors automatiquement le poste de président ». Ce stratagème passe mal et écorne sa popularité acquise dans le sillage de son opposition au cinquième mandat de Bouteflika.

Son image ne s’améliore pas lorsqu’il tente, en février 2019, de filmer la chambre de l’hôpital suisse où, selon les autorités algériennes, se trouve l’ex-président, que la rumeur donne pour mort. « J’ai décidé de venir ici à Genève devant l’hôpital où est censé être hospitalisé le président et candidat algérien alors que le monde entier, et l’Algérie tout entière, sait qu’il n’est plus de ce monde », se justifie Rachid Nekkaz avant d’être arrêté par la police suisse, qui le placera en garde à vue pendant 24 heures.