Politique

Le Maroc va-t-il boycotter le Chan algérien ?

La sélection africaine star de la dernière Coupe du monde de football menace de snober le Championnat d’Afrique des nations 2023 en Algérie. Pour des raisons logistiques non sans arrière-plan diplomatique…

Mis à jour le 30 décembre 2022 à 14:32
Damien Glez

Par Damien Glez

Dessinateur et éditorialiste franco-burkinabè.

La bataille que se livrent l’Algérie et le Maroc s’est déplacée sur le terrain du foot, avec une nouvelle polémique sur le Chan 2023. © Damien Glez

Alors que virevolte le calendrier footballistique international, les boycotts à vocation extra-sportive tourbillonnent. Les amoureux du ballon rond ont à peine digéré le mondial achevé il y a deux semaines et débutent tout juste le deuil du roi Pelé que s’annonce déjà la prochaine édition du Championnat d’Afrique des nations (Chan). La compétition réservée aux joueurs évoluant sur le continent commence le 13 janvier prochain en Algérie. De quoi réchauffer le cœur des Africains perclus de cette déprime post-réveillon bien connue sous le nom de « janviose ».

Exploit historique

Mais que serait un Chan sans un tenant du titre remettant son trophée en jeu, qui plus est le Maroc, qui vient de réaliser un exploit historique au Qatar ? C’est pourtant ce qui pourrait arriver, si l’on en croit le comité directeur de la Fédération royale marocaine de football (FRMF). Celle-ci a en effet « décidé à l’unanimité de ne pas participer » à l’édition algérienne si un point logistique n’était pas réglé. La figue de la discorde ? Le transport aérien des Lions de l’Atlas.

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Les autorités sportives du royaume ont demandé « le déplacement de la sélection marocaine sur un vol spécial de la Royale Air Maroc, transporteur officiel, depuis Rabat vers Constantine, ville hôte des matchs du onze national ». Mais, afin de contourner la frontière entre les deux pays, fermée depuis 1994, le ministère des Sports algérien a proposé à son homologue marocain un trajet incluant Tunis. Itinéraire jugé trop contraignant par Rabat, qui invoque « les clauses du cahier des charges des compétitions africaines ».

Le président du comité d’organisation de la compétition, Rachid Oukali, a rétorqué que ses obligations n’imposaient pas de « liaison aérienne directe » et que « la majorité des équipes participantes devaient faire des escales », sans que cela risque d’entacher l’accueil des délégations, qu’il promet « chaleureux » et assuré « avec tous les moyens nécessaires ».

Une médiation de la CAF ?

En filigrane des bisbilles : la question du Sahara occidental, territoire revendiqué par le royaume et limitrophe de l’Algérie sur une quarantaine de kilomètres. Depuis septembre 2021, Alger a fermé son espace aérien à toutes les compagnies marocaines, accusant Rabat « d’actions hostiles ». Les tensions ressurgissent régulièrement au fil de dossiers de toute nature : culturelle (classement du raï au patrimoine mondial de l’Unesco), climatique (incendies en Kabylie), économique (gazoduc Maghreb-Europe) et, donc, sportive…

L’appel au boycott du mondial qatari n’a guère porté ses fruits. La FRMF mettra-t-elle sa menace à exécution ? La Confédération africaine de football initiera-t-elle une médiation ? Rien n’est moins sûr.