Dossier

Cet article est issu du dossier «Charia : enquête sur une psychose»

Voir tout le sommaire
Politique

Tunisie : le culte du sacré

| Par
Rassemblement islamiste devant le Parlement, à Tunis, le 16 mars.

Rassemblement islamiste devant le Parlement, à Tunis, le 16 mars. © Sipa

Après avoir renoncé à imposer la loi islamique, le parti Ennahdha envisage de « criminaliser » les atteintes à la religion en Tunisie.

Malgré la pression des islamistes radicaux, la question de la charia semble être résolue. Rached Ghannouchi, président du parti Ennahdha, a tranché en mars dernier : « La charia n’est finalement qu’une émanation de l’islam. L’essentiel est que l’islam soit cité dans le texte de la Constitution comme étant la religion de l’État tunisien. » Ainsi, la loi islamique n’est pas retenue par l’Assemblée constituante comme unique source législative. Elle ne figurera pas au préambule de la prochaine Constitution, et c’est l’article 1 de l’ancien texte qui est reconduit : « La Tunisie est un État libre, indépendant et souverain ; sa religion est l’islam, sa langue l’arabe et son régime la république. »

Pragmatique, le leader d’Ennahdha semble privilégier un État civil à une idéologie. Cependant, il suggère d’ajouter à la Constitution un article interdisant les lois qui contreviendraient à l’islam. La proposition est suffisamment floue pour ne pas provoquer de débat, mais l’une des motions les plus remarquées parmi celles qui ont été adoptées lors du 9e congrès du parti islamiste, du 12 au 16 juillet, entend criminaliser les atteintes au sacré.

Morale

Pour les laïques, cette mesure « liberticide » consisterait à imposer par la menace une conception rétrograde de la religion. « Ils veulent édicter un code de bonne conduite », commente un activiste de la société civile. Le débat autour du sacré a été particulièrement aigu en juin dernier lors des attaques salafistes sur l’exposition « Le Printemps des arts » à La Marsa, près de Tunis. Une exposition jugée « offensante ». Dans la foulée, le ministre de la Culture, Mehdi Mabrouk, avait prévenu qu’il interdirait à l’avenir tout spectacle « libidineux » et annoncé son intention d’engager des poursuites contre les organisateurs de la manifestation à La Marsa pour « atteinte aux valeurs du sacré ».

Quelques jours plus tard, la cour d’appel de Monastir confirmait le jugement de première instance contre deux jeunes blogueurs, Jabeur Mejri et Ghazi Béji, condamnés à sept ans de prison pour « atteinte à la morale, diffamation et trouble à l’ordre public ». Leur crime : avoir publié sur Facebook des caricatures du Prophète. « La charia n’est pas entrée par la grande porte dans la Constitution, mais elle revient par la fenêtre », résume notre activiste, persuadé que le débat entre juristes, constitutionnalistes et religieux n’est que l’écume de la vague. La lame de fond travaille la société de l’intérieur. 

Newsletter :
déjà 250 000 inscrits !

Recevez chaque jour par email,
les actus Jeune Afrique à ne pas manquer !

Jeune Afrique Digital

L'abonnement 100% numérique

consultable sur smartphone, PC et tablette

devices

Profitez de tous nos contenus
exclusifs en illimité !

Inclus, le dernier numéro spécial de Jeune Afrique

Abonnez-vous à partir de 1€

Abonné(e) au journal papier ?

Activez votre compte
Fermer

Je me connecte