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Cet article est issu du dossier «Charia : enquête sur une psychose»

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Politique

Sahel : la tentation du califat

| Par Jeune Afrique
Au Mali, les islamistes contrôlent le nord du pays.

Au Mali, les islamistes contrôlent le nord du pays. © AFP

Plusieurs groupes armés réclament l’instauration d’une république islamique. Cela va à rebours de la pratique religieuse en Afrique subsaharienne.

Les images des moines-soldats d’Ansar Eddine troquant leur kalachnikov contre des massues et autres arrache-clous pour détruire les mausolées des saints patrons de Tombouctou ne sont pas sans rappeler celles qui avaient ému, une décennie auparavant, l’opinion internationale quand les talibans afghans, autres moines-soldats, avaient dynamité les statues de Bouddha dans la vallée de Bamiyan, en mars 2001. Cette fureur destructrice qui s’est emparée de la ville des 333 saints et de la Cité des murmures est menée au nom d’une lecture étroite et doctrinale du Coran, inspirée du wahhabisme.

Ce courant de pensée salafiste est complètement étranger à l’école malékite, qui caractérise l’islam en Afrique subsaharienne. Hormis le cas du Soudan, la revendication de la primauté du droit divin n’est apparue qu’à la fin du siècle dernier, quand quatre États (on en est aujourd’hui à douze) du Nord-Nigeria ont élargi le domaine d’application du droit coranique – jusque-là réduit aux seules affaires civiles – aux affaires pénales. Toutefois, la charia ne constitue alors qu’une source parmi d’autres outils juridiques. Selon Marc-Antoine Pérouse de Montclos, spécialiste du Nigeria et des conflits armés en Afrique subsaharienne, « les peines de lapidation pour adultère sont restées rarissimes, et aucune n’a été appliquée car les sentences ont été cassées par les cours fédérales, celles-ci s’inspirant du droit commun légué par le colonisateur ». Mais la pression s’est progressivement renforcée avec la revendication d’une république islamique, l’avènement des salafistes et de leur avatar, la secte Boko Haram, qui revendique attentats, incendies d’églises et d’écoles, pogroms antichrétiens…

Nouvelle pépinière du terrorisme

Au Mali, la récente apparition de groupes armés revendiquant pêle-mêle l’application de la charia, l’instauration d’une république islamique et, à terme, l’installation d’un califat régnant sur la Oumma (communauté islamique) s’inscrit dans une évolution entamée il y a une dizaine d’années, sur fond de trafics dans cette bande sahélienne difficilement contrôlable et de fragilités du pouvoir central de Bamako.

Nous appliquerons les châtiments corporels quand la société sera prête.

Omar Ould Hamaha, chef militaire d’Ansar Eddine

La défaite militaire des islamistes en Algérie, couplée au lancement de la guerre contre le terrorisme lancée par George Bush après les attentats du 11 Septembre, a été l’un des déclencheurs de cette descente du djihadisme vers le sud. Cette stratégie a été esquissée par Oussama Ben Laden, alors traqué entre l’Afghanistan et le Pakistan. Le Sahel, avec ses caractéristiques géographiques, la fragilité de ses populations, sa proximité avec l’Europe impie à châtier, pouvait être un nouveau Tora Bora et une nouvelle pépinière du terrorisme.

"Charia-spectacle"

L’opération est entamée dès 2002 par une « colonisation » des espaces du Nord-Mali par les salafistes algériens. Ils se mêlent à la population et font du prosélytisme sans heurter les pratiques religieuses locales. En septembre 2006, le Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC) de l’émir Abdelmalek Droukdel fait allégeance à Ben Laden. Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) est née.

Soudan, "100% islamique"

Pour calmer le mécontentement des Soudanais, qui manifestent régulièrement depuis le mois dernier, le président Omar el-Béchir a trouvé la solution. « Nous voulons avoir une Constitution qui devienne une référence pour [les pays] qui nous entourent. Et nous voulons une Constitution 100 % islamique sans communisme, laïcisme ou influences occidentales », a-t-il déclaré le 7 juillet à Khartoum lors d’un discours devant les chefs de plusieurs confréries soufies.Sans fixer de calendrier précis, le président, au pouvoir depuis plus de vingt-trois ans, a assuré qu’un comité constitutionnel devrait être formé, et qu’il serait constitué de représentants de tous les partis politiques et de toutes les confessions du pays. La charia est en vigueur au Soudan depuis 1983. T.G.G.

À présent, ce sont plusieurs groupes armés qui ont introduit la « charia-spectacle » : flagellation d’un jeune couple coupable d’avoir conçu un enfant hors mariage, bastonnades contre les vendeurs et les consommateurs d’alcool, interdiction de fumer (même si ces milices prospèrent grâce au trafic de cigarettes et de drogue) ou de jouer au football… Si Ansar Eddine exclut jusqu’à présent les lapidations pour adultère ou l’amputation des mains pour les voleurs, cela n’est pas le fait d’une quelconque mansuétude touarègue ou kounta. « Nous n’avons pas encore recours à de telles sentences car la société n’y est pas prête », explique Omar Ould Hamaha, le chef militaire du mouvement à Gao. Quand le sera-t-elle ? « Le jour où nous dominerons le Mali pour en faire un califat. »

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