Politique

En RDC, la spoliation de l’Église catholique vaut bien un sermon

Dans son homélie de Noël, le cardinal Fridolin Ambongo a dénoncé une tentative de dépouiller le clergé de ses biens fonciers, organisée par des « magistrats, généraux et politiciens » congolais…

Mis à jour le 28 décembre 2022 à 16:09
Damien Glez

Par Damien Glez

Dessinateur et éditorialiste franco-burkinabè.

Fridolin Ambongo a accusé « des généraux, des colonels, des hauts magistrats et quelques politiciens de chercher des terrains à spolier ». © Damien Glez

On ne fait pas d’homélie sans casser des œufs politiciens, surtout en RDC, où le clergé ne rechigne jamais à se mêler de politique, en particulier lorsqu’il s’agit de patrimoine foncier, bien africain suprême que l’Église catholique sut agglomérer très tôt. Touche pas à ma parcelle !

Ce 24 décembre, le sermon de Nativité du Cardinal Fridolin Ambongo ressemblait davantage à une kyrielle de menaces qu’à une invitation à la mansuétude du petit Jésus, avertissant que les siens pourraient recourir à la loi de la jungle contre des proches d’hommes de pouvoir…

Généraux, colonels et magistrats

L’homélie de la cérémonie eucharistique se déroulait en la cathédrale Notre-Dame-du-Congo, située dans la commune de Lingwala, et les terrains évoqués par l’archevêque métropolitain de Kinshasa se trouvent notamment sur l’avenue Sendwe de la commune de Kalamu, non loin du stade Tata Raphaël, espace destiné à la construction d’une basilique. Selon Fridolin Ambongo, « des généraux, des colonels, des hauts magistrats et quelques politiciens ont formé un groupe de malfaiteurs » dont le travail « est de chercher des terrains à spolier et maintenant leur cible, c’est l’Église catholique  ».

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Décidément préoccupé d’immobilier au moment d’évoquer la naissance du Christ dans une simple mangeoire, l’officiant du jour s’est même hasardé à citer des noms à qui lancer un ultimatum : « Nous leur accordons le temps parce que nous croyons qu’il y a de la justice dans ce pays. Ils ont jusqu’au milieu de la semaine prochaine, je crois que le général Kasongo, qui a reçu des instructions, ira casser tous ces murs et ces clôtures qu’ils font sur notre terrain. » Si la situation ne s’arrangeait pas, l’Église serait, selon le prélat, légitime à se sentir « dans la jungle » où primera alors « la loi du plus fort ».

Bras de fer

Au cours de l’année 2022, l’Église a dénoncé plusieurs velléités de spoliation, par des « prédateurs », de terrains de l’Église catholique, comme celui du grand séminaire de théologie Saint Jean XXIII, dans la commune de Ngaliema. Évoquant ce dossier foncier le 19 juillet, l’évêque auxiliaire de l’Archidiocèse de Kinshasa, Mgr Carlos Ndaka, dénonçait l’implication présumée de John Nyakeru, ambassadeur à Nairobi et frère de la première dame de RDC, épouse de Félix Tshisekedi.

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En cette année électorale aux multiples écueils logistiques et sécuritaires, le chef de l’État candidat à sa succession n’a pas besoin d’un bras de fer avec les influents prélats. D’autant moins que le souverain pontife s’apprête à fouler enfin le sol congolais…