Culture

Un marché du « champagne » sud-africain en pleine effervescence

Le pétillant Méthode Cap Classique (MCC), inspiré du champagne, accompagne de plus en plus les fêtes, 30 ans après la création de son appellation.

Par - à Johannesburg
Mis à jour le 31 décembre 2022 à 16:30

Déchargement de grappes de Pinot noir fraîchement cueillies, dans un vignoble de Franschoek, à environ 80 km du Cap, spécialisé dans la production du vin pétillant Cap Classique, le 4 février 2021. © Rodger Bosch/AFP

Ceci n’est pas un champagne. Certes, il y a du Pinot noir et du Chardonnay ainsi qu’une longue fermentation en bouteille, mais l’appellation « Champagne » est protégée depuis 1992. Les viticulteurs sud-africains de la province du Western Cape ont été contraints de se réinventer. Finis les termes « méthode champenoise », place à la Méthode Cap Classique (MCC), une appellation plus fidèle à un terroir et un climat très différents de la Champagne. Et trente ans plus tard, le MCC s’est fait un nom chez les consommateurs.

Une plus grande variété

Plus de 10 millions de bouteilles ont été vendues en 2021, selon l’association des producteurs de Cap Classique. La première zone de production étant Stellenbosch, région viticole cernée de montagnes au nord du Cap. Suivent les régions de Paarl et de la Cape South Coast, où est installée Melissa Nelsen. En 2022, cette vigneronne a doublé sa production de MCC « Geneviève », blanc de blancs, pour atteindre les 24 000 bouteilles par an.

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Il n’y a pas que la production et la demande qui augmente, « la qualité aussi, avec une plus grande variété », défend Melissa Nelsen. « Contre trois pétillants différents auparavant, vous en avez désormais 24 de bonne qualité », fait remarquer la vigneronne. De meilleure réputation, le MCC peut monter en gamme et en prix. Melissa Nelsen vend son blanc de blancs 15 euros la bouteille (265 rands), contre 6 ou 8 euros pour l’achat d’un MCC de moyenne gamme. Les prix de certains MCC côtoient les champagnes, comme le Sprankel de Babylonstoren, vendu 35 euros.

Les gens commencent à éduquer leur palais

Cette consommation locale fait le bonheur de l’industrie du vin. « Les gens commencent à éduquer leur palais et à boire davantage de Cap Classique, même si le prestige du champagne ne s’estompera jamais », note Trey Mkhize, consultant pour l’entreprise de distribution Vinimark. La marque Krone qu’il propose domine les ventes en Afrique du Sud avec sa gamme Night Nectar. « Nectar » désignant un vin plus doux, demi-sec.

« C’est une nouvelle consommation »

« L’Afrique du Sud est une grande consommatrice de vins type Nectar. C’est une nouvelle consommation, c’est une mode » confirme Michael Fridjhon, professeur de commerce du vin à l’université du Cap. Plus accessibles, les vins doux dominent le marché. « C’est un produit consommé pendant la journée, à l’apéritif, autour du barbecue, pendant le dessert, il remplace les autres alcools », constate Michael Fridjhon. Il n’est pas rare d’observer, pendant des événements, des seaux de glace avec une bouteille de pétillant, consommée comme on boirait de la bière.

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Mais le MCC a vocation à devenir bien plus qu’une boisson de fête. Pour la fête des 30 ans de l’appellation, différents Cap Classique étaient servis à table tout au long du repas. Melissa Nelsen en garde un souvenir merveilleux. « Quand je me suis lancée en 2008, les bulles n’étaient servies qu’au moment des fêtes. D’en avoir tout au long du repas montre combien le Cap Classique a évolué et peut être consommé comme une boisson de tous les jours », se réjouit-elle.

Après avoir séduit les Sud-Africains, les producteurs de MCC peuvent espérer partir à la conquête du monde. Le MCC « Geneviève » de Melissa Nelsen est déjà exporté à Hong Kong, au Canada, ou en Belgique. Le Royaume-Uni représente le premier marché d’exportation, devant les États-Unis, avec une croissance de 61 % en 2021.

La communauté des buveurs de bulles s’agrandit, il y a de la place pour  tout le monde

Se faire une place sur les étals des supermarchés sera rude face au cava espagnol, aux crémants et champagnes français, ou au prosecco italien, déjà bien distribué en Afrique du Sud. Cette concurrence n’inquiète pas Melissa Nelsen. « La communauté des buveurs de bulles s’agrandit, il y a de la place pour  tout le monde, tempère-t-elle, le plus important est de créer de la fidélité parmi nos clients. »