Culture

Nelson Mandela, l’Algérien, aura un stade à son nom à Alger

Le nouveau stade de Baraki, à Alger, portera le nom de Nelson Mandela. Un juste retour des choses, tant les relations nouées par l’ex-président sud-africain avec les Algériens étaient étroites.

Mis à jour le 23 décembre 2022 à 08:02

Nelson Mandela (5e à partir de la g.), à côté de Mohamed Lamari, au camp d’entraînement de l’ALN, le 20 mars 1962, à Oujda. © Archives JA

Le nouveau stade de Baraki, situé dans la banlieue ouest d’Alger, portera le nom de Nelson Mandela. Les autorités algériennes ont décidé de le baptiser du nom de l’ex-leader de l’ANC et ancien président de l’Afrique du Sud en raison de ses relations particulières avec l’Algérie.

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D’une capacité de 40 000 places, construit par l’entreprise chinoise China Railway Construction Engineering Group pour un montant avoisinant 200 millions d’euros, ce stade fait partie des six enceintes retenues dans le cadre du dossier de candidature déposé par la Fédération algérienne de football (FAF) pour l’organisation de la CAN 2025. 

FLN, ANC, même combat

Les liens entre Nelson Mandela et l’Algérie remontent à l’époque qui a précédé la proclamation du cessez-le-feu de mars 1962. Dans ses Mémoires, Conversations avec moi-même, parus en 2010 et préfacés par Barack Obama, l’ancien président sud-africain s’est épanché sur cet épisode qui l’avait amené à côtoyer les dirigeants de la révolution algérienne. Il y racontait aussi l’impact que celle-ci avait eue sur la lutte armée contre le régime de l’apartheid. « La situation en Algérie était pour nous le modèle le plus proche du nôtre parce que les rebelles affrontaient une importante communauté de colons blancs qui régnait sur la majorité indigène », écrit-il dans ses Mémoires. 

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Après un voyage en Tunisie, où il rencontre le président Habib Bourguiba, Nelson Mandela arrive à Rabat le 18 mars 1962 avec un faux passeport éthiopien au nom de David Modsarmayi. Les représentants du Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA) et du gouvernement français signent à Évian les accords qui aboutiront à la proclamation le lendemain du cessez-le-feu en Algérie.  

Sur invitation d’Ahmed Ben Bella, un des dirigeants du FLN, Nelson Mandela prend ce jour-là le train à Rabat en direction d’Oujda en compagnie de Robert Resha, ancien journaliste et membre de l’ANC, pour visiter le QG de l’état-major de l’Armée de libération nationale (ALN).

À son arrivée à Oujda, Nelson Mandela est accueilli par Noureddine Djoudi, chef de section politique à l’ALN et futur ambassadeur d’Algérie en Afrique du Sud, qui lui servira d’interprète et de guide au cours de ce bref séjour parmi les combattants et dirigeants algériens.

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Au QG d’Oujda, Nelson Mandela aura de longues discussions avec le docteur Chawki Mostefaï, chef de la mission diplomatique du GPRA auprès de l’État marocain. Il rencontre également un dirigeant de l’ALN, Cherif Belkacem, qui deviendra plus tard ministre et un des amis intimes du président Houari Boumédiène.

Théorie de la guérilla

Mandela raconte la teneur de ces échanges : « Le Dr. Mustafa nous a raconté comment le FLN avait commencé la lutte avec quelques attentats en 1954, ayant été encouragé par la défaite des Français à Diên Biên Phu, au Vietnam. Au début, le FLN croyait pouvoir vaincre les Français militairement, puis il s’est rendu compte qu’une victoire purement militaire était impossible. Les responsables du FLN ont donc eu recours à la guerre de guérilla. Il nous a expliqué que ce genre de guerre n’avait pas comme objectif de remporter une victoire militaire mais de libérer les forces économiques et politiques qui feraient tomber l’ennemi. Le Dr. Mustafa nous a conseillé de ne pas négliger le côté politique de la guerre tout en organisant les forces militaires. »

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Hébergé dans une ferme d’orangers appartenant à un Algérien, Nelson Mandela visite ensuite le centre d’entraînement de l’ALN, à Zeghanghane, dans la province de Nador. Ici, le chef de l’ANC, habillé en tenue safari, reçoit une brève initiation au maniement des armes et des mines. Il y rencontre un officier du nom de Mohamed Lamari, qui sera, des années plus tard, chef d’état-major de l’armée et l’un des généraux les plus puissants des années 1990.

C’est l’armée algérienne qui a fait de moi un homme

Flanqué de son interprète et de Cherif Belkacem, Nelson Mandela visite ensuite le musée d’armements de l’ALN, ainsi que le centre de transmissions. À la fin du diner organisé en son honneur, il assiste à des représentations théâtrales qui glorifient la lutte pour l’indépendance. Le lendemain, ses hôtes lui organisent une virée dans un camp de l’ALN, à quelques encablures des troupes françaises stationnées aux frontières avec le Maroc. Dans ses Mémoires, Nelson Mandela se souvient de ce moment si particulier : « Nous avons visité une unité sur le front ; à un moment, j’ai pris une paire de jumelles et j’ai vu des soldats français de l’autre côté de la frontière. J’avoue que j’ai pensé voir les uniformes des forces de défense sud-africaines. »

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Le moment le plus fort de ce séjour est sans doute ce défilé militaire au Camp Larbi Ben M’hidi en présence d’Ahmed Ben Bella, Hocine Aït Ahmed, Mohamed Boudiaf, Rabat Bitat, les quatre dirigeants du FLN qui venaient d’être libérés après six ans de détention à la suite de l’arraisonnement de leur avion le 22 octobre 1956.

Chadli met à sa disposition un avion du Glam

À ce défilé assiste également le colonel Houari Boumédiène, chef d’état-major de l’ALN, qui deviendra président en juin 1965 après le coup d’État contre Ben Bella. Le voyage de Mandela à Oujda prend fin quelques jours plus tard quand il s’envole pour le Mali.

Ce court séjour de Nelson Mandela auprès des combattants et des responsables de l’ALN et du FLN aura un impact important sur les relations entre l’Algérie et l’ANC. À l’indépendance, les dirigeants algériens n’auront de cesse de soutenir aussi bien Nelson Mandela que son mouvement de lutte contre l’apartheid.

Des dirigeants de l’ANC seront formés dans les écoles militaires algériennes et certains bénéficieront de passeports made in Algeria. Depuis l’indépendance jusqu’à la libération de Mandela en février 1990, après vingt-sept ans de détention, Alger n’aura jamais cessé de soutenir l’ANC et de dénoncer le régime de l’apartheid en Afrique du Sud.

L’histoire d’amitié entre l’Algérie et Mandela reprend de plus belle. Le président Chadli met alors à sa disposition un avion du Glam (Groupe de liaisons aériennes ministérielles) pour sa longue tournée en Afrique. Forcément, Alger fera partie de ce périple. Nelson Mandela y débarque le 16 mai 1990. Le lendemain, il est acclamé par des dizaines de milliers de personnes au cours d’un meeting à la Coupole d’Alger. Il sera décoré du Wissam al-Athir, la plus haute distinction, par le président Chadli. Il dira : « C’est l’armée algérienne qui a fait de moi un homme. »