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Politique

Congo-Brazzaville : Denis Sassou Nguesso, le joueur de poker

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François Soudan est directeur de la rédaction de Jeune Afrique.

Il y a tout juste vingt ans, Denis Sassou Nguesso, battu dans les urnes, remettait les clés du Palais à son successeur, Pascal Lissouba. Il y a dix ans, le même, revenu aux affaires au terme d’une guerre civile que nul Congolais n’a oubliée, se faisait élire pour le premier mandat de sa seconde vie au pouvoir. Un double anniversaire et une longévité assez exceptionnelle – en deux périodes cumulées, il a incarné l’autorité suprême pendant plus de la moitié de l’existence du Congo indépendant – qui en disent beaucoup sur le côté inoxydable, mais aussi sur l’expérience de cet homme de 68 ans.

Le fils de Julien Nguesso et d’Émilienne Mouebara, passé par toutes les couleurs de la fortune politique, en aurait-il trop vu sur les choses et les hommes pour ne pas être désabusé, lui que plus rien ne semble étonner, ni enthousiasmer ? Certains le pensent, qui estiment que ce personnage secret a fini par attraper les défauts de ses qualités.

Les Congolais attendent aussi de chef qu’il tranche, sanctionne et donne quand il le faut la secousse nécessaire.

On le sait fidèle, certes, mais pourquoi l’être au point de se sentir redevable d’amitiés passées dont on perçoit mal l’intérêt ? On le dit prudent, soucieux en permanence d’équilibres régionaux et de consensus, sans doute, mais le Congo, pays jeune, n’est pas un magasin de porcelaine, et les peuples attendent aussi du chef qu’il tranche, sanctionne et donne quand il le faut la secousse nécessaire. On le suppose informé et on a raison : il n’ignore rien des vices et des vertus de ses collaborateurs, encore moins des calculs de ceux qui, parmi eux, jouent contre lui tout en affichant à son égard une déférence courtisane.

Mais alors, d’où lui vient cette propension à prêter l’oreille à des « conseillers » trop souvent étrangers aux réalités congolaises dont il sait pertinemment ce qui les motive ? Sa réponse est celle d’un sage patiné de lassitude, après vingt-huit années d’exercice sisyphien du pouvoir : « La nature humaine est ainsi faite. »

Pourtant, l’échéance de l’élection présidentielle de 2016 approche et pas un seul Congolais ne pense que Denis Sassou Nguesso ne sera pas, cette fois encore, candidat.

Il y a ceux qui sont pour, parce qu’ils estiment qu’il est la clé de la paix civile et de la poursuite d’une politique de développement portée par un taux de croissance annuel de près de 6 %. Il y a ceux qui sont contre, parce que le pouvoir est une table de gala et qu’il est plus que temps pour eux d’y accéder à leur tour. Il y a ceux qui s’y résignent, par indifférence ou par peur de l’inconnu. Et puis il y a lui, que cette perspective d’un ultime mandat tente et rebute à la fois, et qui, tel un joueur de poker, ne se découvrira qu’au dernier moment – à moins qu’il n’abandonne la partie.

Dans le premier cas, de loin le plus probable, il faudra que ses cartes soient bonnes, et le soient suffisamment pour contrebalancer un environnement extérieur a priori défavorable à toute révision constitutionnelle de ce type. Il faudra aussi à ses côtés une vraie équipe crédible, capable de défendre un vrai bilan et, forcément, il lui faudra prendre quelques décisions douloureuses. Il faudra en somme que le chef blanchi sous le harnais du pouvoir retrouve le sens de la devise du jeune parachutiste qu’il fut : « Qui ose gagne. » Le veut-il encore ?

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