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Société

Congo-Brazzaville : rendez-vous à Kinkala

La ville a organisé la deuxième édition du tournois de football Pool Kintwadi, fin juillet. © Baudouin Mouanda pour J.A.

Kinkala, le chef-lieu du Pool, accueille cette année les célébrations de la fête nationale. Tout un symbole pour cette ville meurtrie par la guerre, les rébellions, et en pleine reconstruction.

En ce chaud après-midi, la circulation est faible sur les 75 km de la nationale no 1 qui relient la capitale, Brazzaville, à Kinkala. Tout le long du parcours, le paysage est monotone. Une savane fournie, des cours d’eau asséchés, même si les panneaux indiquent des rivières ; quand la pluie reviendra, les lits se rempliront de nouveau. La route est bonne, à une écorchure près. Au fur et à mesure que le bus avance, des villages, qui se résument pour la plupart à quelques cases, défilent. « Depuis la dernière guerre, la plupart se sont dépeuplés », commente l’un de mes compagnons de route. Soudain, au bout d’une bonne heure, un panneau et un nom : Kinkala. J’y suis venu la première fois en août 2007. Le chef-lieu du Pool ressemblait alors à une ville fantôme dévorée par les herbes folles et les séquelles de la guerre.

Aujourd’hui, Kinkala est un chantier. C’est ici que le pays tout entier est attendu pour célébrer la fête nationale, le 15 août. Cela exige un minimum d’infrastructures, en attendant la municipalisation accélérée du Pool (lire pp. 100-101), annoncée par le gouvernement. À l’entrée de la ville – ou, pour certains, du « village géant » -, des engins aplanissent le terrain sur un site qui abritera l’héliport. Plus loin, des ouvriers chinois sont en train d’achever un stade « extensible » de 7 000 places comprenant des terrains de basket, de handball et dix couloirs pour l’athlétisme. Entre les deux, des maraîchères organisées en association et appuyées par le Programme des Nations unies pour le développement (Pnud) arrosent de resplendissants légumes.

Retour des jeunes

Avec ses commerces, la place du marché, traversée par la nationale (rétrécie, ici), est l’endroit le plus animé du chef-lieu du département. C’est là que le bus laisse ses passagers et que ceux en partance pour Brazzaville, Boko et au-delà viennent le prendre. De source officielle, le marché devrait être déplacé pour faire place à un centre commercial.

Depuis l’achèvement du tronçon de la RN 1 entre Brazzaville et Kinkala (la route doit désormais aller jusqu’à Dolisie pour être reliée à l’autre tronçon, déjà ouvert, qui mène à Pointe-Noire, la capitale économique), la ville semble renaître de ses cendres. « Le bon état de la route a poussé certains jeunes à revenir pour se lancer dans l’agriculture et le démarrage des chantiers de la municipalisation en a attiré d’autres, qui ont la possibilité de trouver un emploi même si c’est temporaire, confie le directeur de cabinet du préfet. Beaucoup de cadres de Brazzaville ont aussi acheté des terrains pour construire des maisons. » Un nouveau souffle que les autorités locales espèrent bien consolider.

Pendant la guerre, les Ninjas avaient commis des atrocités contre ceux-là mêmes qu’ils étaient censés défendre. La paix revenue, beaucoup avaient dû quitter Kinkala, rongés par le remords. En 2007, un habitant de la ville disait : « Il faudra organiser une sorte de forum durant lequel les jeunes devraient demander pardon à la communauté. »

"Dynamique nationale"

Aujourd’hui, le chef-lieu du Pool ne compte plus que 13 000 habitants. Pour Anne-Marie Bernadine Malonga, administratrice-maire depuis un an, « il faut que ceux qui sont partis reviennent pour la stabilité, la réhabilitation et la reconstruction de la ville. Après tout ce que les gens ont vécu, il faut militer pour un changement de mentalités ». Et d’ajouter : « Les gens sont en train de se refaire… Nous avons beaucoup perdu pour intégrer la dynamique nationale, nous devons maintenant nous investir pour reconquérir notre jeunesse. »

Depuis le lancement de la municipalisation accélérée, en mai dernier, 300 jeunes ont été recrutés. Les entreprises intervenant sur les chantiers doivent leur accorder la priorité. Mais que feront-ils lorsque les travaux seront terminés ? « Nous nous battons avec le ministère des Affaires sociales pour qu’ils ne retombent pas dans le chômage et l’oisiveté », répond Anne-Marie Bernadine Malonga.

En attendant, madame le maire est fière de sa ville. À Kinkala, l’air est pur, l’agriculture (sa principale ressource) est bio, l’hôpital (où viennent se faire soigner des Brazzavillois) fait référence… Les lendemains s’annoncent donc sous les meilleurs auspices pour celle qui prône « une gestion de proximité et participative » en soulignant que « les mauvais souvenirs s’étiolent » et que « les gens regardent vers l’avenir ».

À l’horizon, le soleil, boule flamboyante, décline. La nuit s’approche. Il faut partir. Car Kinkala ne compte encore que trois hôtels – en plus d’une résidence du chef de l’État – et, en attendant le 15 août, les personnels de l’hôtellerie et de la restauration sont partis suivre un stage de mise à niveau. 

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