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Les Khalifé, père et fils : à âmes égales

Mis à jour le 20 août 2012 à 12:30

Bachar et Rami Khalifé (29 et 30 ans) se produiront avec leur père du 13 au 16 novembre à Paris, au théâtre des Bouffes du Nord

Arcbouté sur un Steinway, Rami plaque le riff. Deux doigts sur le synthé, deux doigts claquant l’air, Bachar hache un rythme binaire. Subtilement, l’oud fragile et leste de Marcel vient broder sur le thème une rhapsodie orientale, ouvrant la voie au chant qui reprend, plus suave encore, la mélodie ciselée par l’oud. Des accents du Levant et des teintes andalouses fusionnent avec des couleurs jazz, des rythmes électro et des dissonances contemporaines. Les harmonies s’emmêlent, se répondent, se confondent ; une étonnante osmose se dégage du dialogue des trois musiciens, que l’on sent aussi proches que différents.

Ce soir de juin 2011, sur la scène du Beirut Music and Art Festival, au pied des monts du Liban natal, les trois Khalifé jouent à âmes égales pour la première fois. À maintes reprises, Bachar et Rami (29 et 30 ans), les deux fils prodiges, ont accompagné sur scène leur père, Marcel (62 ans), troubadour planétaire adulé de Casablanca à Bagdad et applaudi dans le monde entier. « Mais cette fois nous ­avions décidé d’être trois sur scène et de jouer nos compositions respectives ! Les inconditionnels de Marcel ont été un peu déçus, mais beaucoup d’autres ont redécouvert sa musique grâce à l’élan et la jeunesse que nous lui avons insufflés », rapporte Bachar, le cadet du trio. L’expérience a été un succès : les trois virtuoses ont décidé de filer le thème des airs de famille et se produiront ensemble du 13 au 16 novembre à Paris, au théâtre des Bouffes du Nord.

Pour la première fois, Marcel Khalifé (à dr.) partage l’affiche avec ses fils, Bachar (à g.) et Rami.

©Wael Hamzeh/Epa/Corbis;D.R;Khaled Desouki/AFP

Chez les Khalifé, la musique n’a jamais été un loisir ou un devoir, mais un élément essentiel comme l’air, la terre, l’eau et le feu. Dès l’âge tendre, Bachar et Rami ont parlé le langage des notes, poussés par un père déjà célèbre. En 2005, Rami compose son premier album, Scene from Hellek, et Bachar sort le sien, Oil Slick, en 2010, mais les trois hommes ne jouent véritablement à l’unisson que depuis un an. La tentation de devenir khalife à la place du khalife ? « Dans ce cas, j’aurais à éliminer le père et le frère ! » plaisante Bachar avant de reconnaître : « Notre père est un modèle dont il faut s’inspirer. Et se distinguer. »