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Cameroun : les Ayissi, la danse en partage

Mis à jour le 24 août 2012 à 13:31

Luc Séraphin, Chantal, Imane et Jean-Marie. Les Ayissi vivent de la danse, ou en viennent… Mais entre les quatre frères et soeur, l’ambiance n’est pas toujours au beau fixe.

La chanteuse Chantal Ayissi a prévenu. Elle ne veut en aucun cas être associée à un article impliquant son frère le chorégraphe Luc Séraphin, dit Ayissi le Duc (pour Danses unies du Cameroun). Lequel « duc » n’y va pas par quatre chemins : « La star, c’est moi ! prévient-il. Sans moi, mes frères et ma soeur ne seraient rien ! » Dans cette fratrie de neuf enfants, la vie n’est pas un long fleuve tranquille. Pétris de paradoxes, ils sont fiers les uns des autres, et pourtant ils se jalousent profondément. Et rien n’y fait, pas même les drames qui ont émaillé leur existence et qui auraient pu les souder : quatre d’entre eux sont morts, souvent dans des circonstances tragiques.

Pour ces enfants d’un ex-champion africain de boxe anglaise et de la première reine de beauté camerounaise, l’aventure artistique commence toujours par la danse. Une passion héritée d’un grand-père danseur émérite de bikutsi. Initié à l’âge de 9 ans lors de soirées au clair de lune dans leur village de Mvog Fouda, près de Yaoundé, Luc Séraphin intègre le Ballet national du Cameroun sans passer par un concours et crée, à 20 ans, sa compagnie, Danses unies du Cameroun. Ses jeunes frères et soeurs l’y rejoignent. Ensemble, ils écument les cabarets de Yaoundé et de Douala en compagnie de grands noms de la musique camerounaise et sont souvent appelés en renfort pour soutenir le ballet national. Les Ayissi doivent leur envol sur la scène internationale à leur participation à la tournée « Saga Africa » de Yannick Noah, en 1992. De cette période date également la première fissure au sein du groupe.

Prix Nijinski

Jusque-là mannequin et styliste amateur, Imane souhaite se consacrer davantage à la mode. Il défile pour l’Italien Giovanni Pelochi et, en 1995, il présente sa première collection. Sa carrière décolle. Il pose pour les plus grands couturiers et joailliers. En 2000, il danse au sein du ballet Koke, au Canada et en Grande-Bretagne, et il est nominé au palmarès des prix Nijinski à Monte-Carlo. Pour le bonheur de Jean-Marie Didière, son demi-frère danseur soliste à l’Opéra de Paris, qu’il a rencontré en arrivant en France.

Premier métis admis à l’Opéra de Paris, Jean-Marie s’amuse et se désole des divergences de ses frères et soeur, de leur « guerre des chefs », souligne-t-il. L’interprète de Don Quichotte déclare se sentir proche d’Imane, avec qui il a le plus d’affinités professionnelles. Si Chantal l’agace par son « caractère incontrôlable », il avoue éprouver une grande tendresse pour cette demi-soeur qui, physiquement, lui ressemble. Il regarde avec ravissement le clip qu’ils ont tourné ensemble, en regrettant de n’avoir pas collaboré plus souvent.

Quant à Ayissi le Duc, qui a fêté sans la fratrie à la mi-juillet ses trente ans de carrière, son autoritarisme le paralyse. « J’ai joué mon rôle de grand frère en leur mettant le pied à l’étrier, sans rien attendre en retour », avance-t-il avant de déplorer qu’Imane n’ait jamais pensé à le faire défiler et que Chantal ne l’ait jamais invité à danser dans l’un de ses clips musicaux. À l’en croire, elle ne reculerait devant aucune ruse pour lui nuire. « Ils redoutent que je leur fasse de l’ombre », croit savoir le chorégraphe, qui avoue traîner de profondes blessures, qu’il essaie de taire.