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Cet article est issu du dossier «Frères d'art»

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Culture

Les Kouyaté : artistes par osmose

Le comédien Sotigui Kouyaté pose avec l'Ours d'argent du meilleur acteur, le 14 février 2009. © Reuters

Dans la famille Kouyaté, demandez n'importe qui : ils sont tous artistes. Portrait d'une lignée où l'art se vit comme une seconde nature.

Chez les Kouyaté, être griot est une tradition qui remonte à 1235 : leur ancêtre Bala Fasséké Kouyaté n’était autre que le « djeli » attitré de Soundiata Keïta. Dérouler les fils de leur généalogie prendrait tant de pages qu’il paraît plus sage de se contenter d’une époque récente. Ainsi, pour évoquer cette pétillante tribu d’artistes, choisissons comme référent Sotigui Kouyaté, griot, ancien capitaine de l’équipe de foot du Burkina Faso, acteur de théâtre et de cinéma décédé en 2010

Les yeux de son fils Hassane s’illuminent quand il évoque « cet être fabuleux, ce grand bonhomme – en centimètres comme en talent ». Fils de Dani (griot) et de Soussaba Sakho (cantatrice du Mandé), l’immense Sotigui Kouyaté a eu dix enfants (au moins…) avec Diabaté Sanata (griotte), Mousso Gnouma (chanteuse et chorégraphe) et Esther Marty (metteuse en scène et conteuse). La liste ? Outre le pluridisciplinaire Hassane, il y a Dani (cinéaste et metteur en scène), Mahamoudou Papa (scénographe), Magan (qui était costumier), Soussaba (maquilleuse), Aminata (costumière), El Hadj Mamadi (qui dirige l’association La Voix du griot, créée par son père), Dalla Idrissa (musicienne et chorégraphe), Mabo (comédien et réalisateur) et enfin Yagaré (danseuse).

« Tout le monde est dans l’art, explique Hassane. Certains pensent même qu’on est une mafia ! » Mafia ? Pas de biens mal acquis chez les Kouyaté, seulement une joie de vivre et une passion transmises de parents à enfants, « comme par osmose ». « Mon père ne nous a jamais forcés à quoi que ce soit. Il a toujours voulu que l’on fasse des études, mais il aimait tellement ce qu’il faisait, il était tellement heureux et passionné qu’on a toujours eu envie de le suivre. Il partageait beaucoup ! Nous n’avons ni voulu ni eu besoin de tuer le père. »

Pas de "frictions" ni de "concurrence"

Bien sûr, vu le nombre d’enfants et les diverses activités paternelles, tout le monde ne pouvait pas suivre en même temps. C’est surtout après le bac qu’il devenait possible de voyager, même si parfois la troupe se déplaçait en masse à bord d’une Peugeot bâchée ou d’un minibus. « Il n’y a pas de frictions entre nous, pas de concurrence, affirme Hassane. Et quand on n’est pas d’accord, on discute. Nous sommes très amis, et c’est pour ça que j’aime cette famille ! » Les Kouyaté travaillent ensemble, se soutiennent : plus qu’une entreprise, c’est une marque de fabrique !

Unis, complémentaires, ils se retrouvent chaque année en août et en décembre à Bobo-Dioulasso (Burkina Faso) pour « laisser les enfants vivre plus ». Et ces enfants, ce sont bien sûr de futurs artistes. Père de trois filles, Hassane confie : « Avec le recul, je me rends compte à quel point mon père était doué. Transmettre, ce n’est pas évident. J’essaie de ne rien forcer, mais de tout donner. Elles ramassent ce qu’elles veulent. » Vraisemblablement, elles ramassent des pépites de bonheur. Sur son iPhone, Hassane montre la performance de sa fille Fina, 4 ans, qui a tenu à faire un spectacle de rue à Avignon, où son père présentait Le Papalagui. Feu follet habillé de rouge et de blanc, elle laisse exploser sa joie de vivre dans une danse endiablée à même les pavés. Pas de souci, la relève Kouyaté est déjà là !

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