Politique

Centrafrique : le départ des militaires français, inexorable effet domino ?

Alors que les derniers soldats français ont quitté la République centrafricaine, la présence militaire de Paris dans la zone francophone du continent est régulièrement remise en cause.

Mis à jour le 16 décembre 2022 à 14:46
Damien Glez

Par Damien Glez

Dessinateur et éditorialiste franco-burkinabè.

Depuis ce jeudi 15 décembre 2022, il n’y a plus de soldat français basé en Centrafrique. © Damien Glez

C’est ce jeudi vers 11 h 15 T.U. que les 47 derniers soldats français de la mission logistique Mislog ont quitté le sol de la République centrafricaine, mettant fin à divers déploiements de l’ancienne puissance coloniale d’Oubangui-Chari. Des déploiements qui avaient atteint 1 600 hommes à l’époque de l’opération Sangaris, la septième intervention militaire française depuis l’indépendance du pays de Faustin-Archange Touadéra.

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Officiellement, Paris rompt et Bangui sanglote. « Les conditions n’étaient plus réunies pour que nous continuions à travailler au profit des forces armées centrafricaines », déclara le général français François-Xavier Mabin, aujourd’hui commandant des éléments français au Gabon. « C’est avec beaucoup de regrets que nous constatons ce retrait unilatéral », rétorqua Fidèle Gouandjika, ministre conseiller spécial du président centrafricain. Vu de la rue centrafricaine, et même vu d’autres rues africaines où plane un sentiment « anti-politique française », le retrait de RCA ressemble plutôt à une débâcle.

L’effet Wagner

Les plus allergiques aux treillis tricolores pinaillent déjà, avertissant que des militaires français pourraient toujours être « infiltrés » au cœur de contingents de l’EUTM – la mission de formation de l’Union européenne en Centrafrique – ou de la Minusca – la mission des Nations unies en Centrafrique. Les plus enthousiasmés par le décollage de l’aéronef C-130 du 15 décembre analysent ce départ comme la chute d’un nouveau domino du dispositif militaire français en Afrique. C’est le même motif qui a présidé aux divorces franco-centrafricain et franco-malien : la présence dénoncée de la société paramilitaire Wagner et une présumée campagne anti-française téléguidée par la Russie.

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Et les nationalistes s’affirmant panafricanistes de lorgner du côté du Burkina Faso, où le président ghanéen Nana Akufo-Addo croit déjà apercevoir, depuis son côté de la frontière, les silhouettes de mercenaires venus de Moscou. Un Pays des hommes intègres où stationnent quelques forces spéciales françaises. À Paris, les officiels n’excluent plus une révision de quelques points d’appui de l’armée française en Afrique. Quid, demain, des présences au Niger, au Tchad, en Côte d’Ivoire, au Sénégal, au Gabon et à Djibouti ?