Politique

Les Tunisiens élisent un Parlement sans réels pouvoirs

Le scrutin organisé le 17 décembre et boycotté par l’opposition devra remplacer l’assemblée gelée par Kaïs Saïed le 25 juillet 2021.

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Mis à jour le 15 décembre 2022 à 12:22

À Tunis, un panneau d’affichage encourageant les gens à voter aux élections nationales tunisiennes prévues pour le 17 décembre 2022. © FETHI BELAID / AFP

Dernier édifice dans le système hyper-présidentialiste mis en place par Kaïs Saïed, la nouvelle assemblée de 161 députés remplacera celle que le chef de l’État avait gelée le 25 juillet 2021 après des mois de blocages politiques.

Si cette chambre (finalement dissoute en mars) était un pôle de pouvoir disposant de vastes prérogatives, celle qui ressortira des législatives à l’issue d’un second tour prévu entre février et mars, sera dotée de compétences très limitées en vertu d’une nouvelle Constitution que le président a fait adopter cet été lors d’un référendum marqué par une abstention massive (près de 70 %). »Le but, c’est la réalisation d’un agenda qui a été fixé juste après le coup » de force de Kaïs Saïed et de « parachever le processus qui a commencé le 25 juillet », analyse le politologue Hamadi Redissi. Ce Parlement « n’aura pas beaucoup de compétences puisqu’il ne pourra ni investir le gouvernement, ni voter une motion de censure », les conditions pour y parvenir étant « pratiquement impossibles » à réunir, souligne-t-il.

Surcroît de légitimité

En outre, selon la nouvelle Constitution, tout projet de loi doit être présenté par dix députés au moins, et les textes soumis par le président auront la priorité. Un nouveau mode de scrutin uninominal à deux tours remplace le scrutin de liste, ce qui réduit l’influence des partis politiques, avec des candidats sans affiliation affichée.

« Ce qui est recherché, malgré tous les défauts et insuffisances de cette élection, c’est un surcroît de légitimité pour la présidence », poursuit Hamadi Redissi, pour qui les législatives déboucheront sur « un Parlement croupion, sans pouvoirs ». Presque toutes les formations politiques, en premier lieu le parti d’inspiration islamiste Ennahdha – bête noire du président Kaïs Saïed qui a dominé pendant 10 ans le Parlement dissous -, boycottent le vote, dénonçant un « coup d’État contre la Révolution » qui avait donné naissance à la seule véritable démocratie du monde arabe. La puissante centrale syndicale UGTT, qui avait accordé à Kaïs Saïed le bénéfice du doute après son coup de force, a jugé ces élections inutiles.

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Pour le politologue, le scrutin présente aussi « un problème de représentativité » avec seulement 122 femmes sur 1 058 candidats, dont la plupart sont inconnus du grand public. Selon l’Observatoire tunisien de la transition démocratique, la moitié sont des enseignants (pour près de 26 %) ou des fonctionnaires de niveau intermédiaire (pour près de 22 %).

L’un des enjeux sera la participation, déjà anticipée comme très faible par les experts dans un pays qui compte près de 12 millions d’habitants, dont plus de 9 millions d’inscrits. Les radios et télévisions privées se sont fait l’écho de cette désaffection. Au nom du principe « d’égalité des chances », la loi électorale interdit aux candidats de parler aux médias étrangers.

Mais la population reste surtout préoccupée par les pénuries récurrentes de lait, riz ou sucre, et par l’inflation qui frôle les 10 % alors que le pays, très endetté, est englué dans une crise, aggravée par le Covid et la guerre en Ukraine.

(avec AFP)