Politique

Qatar 2022 : France ou Maroc, pourquoi choisir ?

Au terme d’un parcours sans faute, les Lions de l’Atlas affrontent ce soir la France, tenante du titre, en demi-finale de la Coupe du monde. Une rencontre forcément particulière compte tenu des liens qui unissent les deux pays.

Par - à Casablanca
Mis à jour le 14 décembre 2022 à 16:16

Kylian Mbappé et Achraf Hakimi. © MONTAGE JA : Francois Nel/GETTY via AFP ; JUAN IGNACIO RONCORONI/EF/SIPA

C’est le grand jour. Ce mercredi 14 décembre, le Maroc défiera la France, tenante du titre, en demi-finale de la Coupe du monde. Si certains se passionnent depuis plusieurs jours pour le duel qui opposera les deux stars du PSG Kylian Mbappé et Achraf Hakimi, d’autres retiennent le caractère particulier de cette rencontre entre deux pays liés par une histoire commune très forte et mettent l’accent sur ceux qui l’incarnent à travers leur double-nationalité.

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Ils seraient quelque 700 000 binationaux franco-marocains, selon les chiffres d’un rapport de l’Assemblée nationale française paru en 2015, à se retrouver aujourd’hui confrontés malgré eux à un choix cornélien. Mais doivent-ils nécessairement trancher ?

Alors que, depuis le début de la compétition, l’extrême droite française voit dans chacune des célébrations post-victoire de la diaspora marocaine la confirmation de ses diagnostics identitaires et la manifestation empirique d’un « grand remplacement », de nombreuses personnalités franco-marocaines se réjouissent ouvertement à l’idée de voir leurs deux pays se disputer une place en finale de la Coupe de monde.

« Mon cœur battra pour les deux et mon équipe est déjà en finale », assure Farida Amrani, députée de la Nouvelle Union populaire écologiques et sociale (Nupes, gauche) de l’Essonne et née au Maroc, laquelle résume bien le sentiment prédominant chez plusieurs binationaux, qui soutiendront quoi qu’il arrive le vainqueur du match France-Maroc lors de la finale.

« David contre Goliath »

Bien qu’une majorité des personnalités franco-marocaines aient déclaré qu’elles se sentaient déjà heureuses avant même que la rencontre ait lieu, la position d’outsider de la sélection marocaine, donnée perdante à chaque match ou presque depuis le début de la compétition, suscite néanmoins une empathie toute particulière.

Une solidarité assumée par M’jid El Guerrab, ancien député macroniste de la 9e circonscription des Français de l’étranger (2017-2022), lui aussi binational : « Je serais un peu plus heureux si le Maroc gagne, car ce match, c’est David contre Goliath. Mais si la France passe, je serai à fond derrière elle en finale. »

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L’image tirée du mythe biblique revient sans cesse lorsqu’il s’agit de qualifier l’opposition entre le Maroc, première équipe africaine à atteindre les demi-finales d’une Coupe du monde, et la France, tenante du titre et vainqueur à deux reprises de la compétition.

« C’est aussi l’affrontement entre une nation qui affiche un PIB de 132 milliards de dollars contre une autre dont le PIB atteint près de 3 000 milliards de dollars », poursuit M’jid El Guerrab, qui a d’ailleurs assisté aux deux quarts de finale Maroc-Portugal et France-Angleterre, persuadé d’avoir « porté chance » tout à la fois aux Lions de l’Atlas et aux Bleus.

« Pour le Maroc, c’est une véritable épopée. Personne ne s’attendait à voir les joueurs réaliser un tel parcours, toutes les victoires étaient inattendues », ajoute l’ex-élu En Marche !

« Ça reste un match de foot »

Si l’ombre d’un affrontement entre l’ancien colonisateur et l’ancien colonisé plane forcément sur le match de ce soir, presque toutes les personnalités franco-marocaines qui se sont exprimées sur le sujet ont tenu à en relativiser la portée. À commencer par le sélectionneur des Lions de l’Atlas, Walid Regragui, qui a déclaré la veille du match en conférence de presse : « Le message est toujours le même, on joue un match de football. C’est une fête pour tous les binationaux franco-marocains. On fera la fête sur les Champs-Élysées, que ce soit la France ou le Maroc qui gagne. »

« Sans nier la symbolique du match, cela reste une rencontre de foot », résume M’jid El Guerrab. De son côté, Farida Amrani évoque une « histoire fraternelle » entre les deux pays, que le football permettra de mettre à l’honneur et de célébrer.

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Embrasser ses deux identités, une manière de faire la paix intérieure tout en coupant court aux assignations identitaires ? « Pourquoi choisir ? », tranche M’jid El Guerrab. « On ne va quand même pas s’excuser que le Maroc soit en demi », lance l’ancien parlementaire, qui déplore au passage « les injonctions systématiques » à devoir donner des gages de son appartenance à la communauté nationale française.

Avec la montée en puissance des nations africaines dans le football international, le Maroc-France de ce soir ne constitue que le premier épisode d’une série qui ne fait que débuter. Pour les binationaux, le message est donc simple : autant en accepter l’augure.