Société

Algérie-Maroc : la paternité de l’hymne « Mabrouk Alina » au cœur d’une énième polémique

À la Coupe du monde de football, la chanson « Mabrouk Alina » accompagne un parcours marocain présenté comme une victoire pour le peuple « arabe et musulman ». Elle suscite aussi un débat plus nationaliste…

Mis à jour le 11 décembre 2022 à 10:41
Damien Glez

Par Damien Glez

Dessinateur et éditorialiste franco-burkinabè.

© Damien Glez

Si le poète identifie la moindre pousse de fleurs sur un terreau de mal, les moments les plus euphoriques sont parfois humus de polémiques. Alors que les Lions de l’Atlas enthousiasment la planète football, le chanteur marocain Rachid Berriah a décidé de rythmer l’enjaillement par une reprise du tube musical trentenaire « Mabrouk Alina ». Certes, la chanson n’a pas été composée par un Marocain, mais plutôt par l’Algérien Rabah Driassa, à l’occasion de la participation de son équipe au Mondial mexicain de 1986. Mais le succès sportif marocain étant présenté comme « maghrébin », « arabe » et même – après quelques hésitations – « africain », les ayants-droits n’ont rien eu à redire à propos de cette cover. Jusqu’à une certaine émission de la chaîne marocaine 2M…

« Vol de chanson »?

Approximative, une présentatrice de cette télévision présentera « Mabrouk Alina » comme l’œuvre du chanteur marocain alors invité à l’interpréter sur son plateau. Et le fils de feu Rabah Driassa de réagir sur Instagram. Indigné, Abdou Driassa, lui-même chanteur, évoque une tentative d’appropriation, le « vol d’une chanson algérienne » et un « mensonge », au moins par imprécision ou omission, sur la paternité du titre. Il brandit même un enregistrement de l’œuvre « au niveau de l’organisme mondial des droits d’auteur », laquelle protection permettrait l’engagement de poursuites judiciaires contre le chanteur marocain et la chaîne 2M.

Si les mésententes entre l’Algérie et le Maroc ne manquent pas – notamment sur des terrains politiques sensibles –, elles se déclinent régulièrement sur le terrain du patrimoine culturel. Les deux voisins se sont déjà disputé la paternité de la recette du couscous, celle de la boisson Hamoud Boualem vendue au Canada comme marocaine et celle des motifs du zellige, cette mosaïque constituée de carreaux de faïence multicolores. De même, il aura fallu quelques années de litige avant que l’Unesco n’attribue récemment le raï à l’Algérie, dans le cadre du patrimoine culturel immatériel mondial. D’ailleurs, en 2013, des dents avaient abondamment grincé, lorsque la star algérienne du raï Cheb Khaled avait acquis la nationalité du royaume chérifien.

En ce mois de décembre 2022, pour ne pas gâcher la fête du foot, le fils du créateur de « Mabrouk Alina » n’a pas manqué d’exprimer son admiration pour l’exploit réalisé par les Lions de l’Atlas. Discuté depuis son attribution à un Qatar peu sourcilleux sur le changement climatique et les droits de l’Homme, ce mondial de football a généré assez de polémiques comme ça…