Dossier

Cet article est issu du dossier «Burundi : retour sur scène»

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Diplomatie

1962-2012 : 50 ans de turbulences au Burundi

Parade civile et militaire, le 2 juillet à Bujumbura. © Martina Bacigalupo

Depuis son indépendance, le pays a eu une histoire particulièrement tourmentée. La paix et la stabilité revenues, il s'efforce de les pérenniser.

Reconnaissance officielle de l’existence d’ethnies, respect mutuel, gouvernance basée sur des équilibres communautaires… Depuis l’entrée en vigueur de l’accord de paix d’Arusha (Tanzanie), en septembre 2001, de nouvelles règles du jeu se sont imposées au Burundi. « Reconnaître son identité ethnique n’est pas une mauvaise chose. Le mal, c’est de s’en servir contre l’autre, commente Gervais Rufyikiri, le deuxième vice-président de la République. Aujourd’hui, la peur de l’autre a disparu. Il n’y a plus d’exclusion. » En dix ans, la donne politique a changé, avec le recul de l’ancien parti unique, l’Union pour le progrès national (Uprona), la perte de vitesse du Front pour la démocratie au Burundi (Frodebu) et la montée en puissance de l’ex-rébellion du Conseil national pour la défense de la démocratie-Forces de défense de la démocratie (CNDD-FDD). En août 2005, son chef, Pierre Nkurunziza, est élu premier président de l’après-transition par le Parlement (il sera réélu, au suffrage universel direct, en juin 2010) et, un an plus tard, son gouvernement signe un accord de cessez-le-feu avec les rebelles des Forces nationales de libération (FNL) pour mettre fin à la guerre civile.

Normalisation

Aujourd’hui, la pratique politique n’est plus fondée sur des clivages interethniques, mais sur les idées que défendent les différents partis. Une société civile très active fait office de contre-pouvoir, qui ne manque pas d’exaspérer, régulièrement, le gouvernement, et, malgré ses ressources limitées, le Burundi a enregistré de notables progrès en matière d’accès à l’enseignement primaire (désormais gratuit) et de santé maternelle.

Cette normalisation et le calme enfin retrouvé, bien qu’il soit encore précaire, ont permis au petit pays des Grands Lacs de revenir sur la scène internationale et de renforcer son intégration régionale, notamment au sein de la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC) et de la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (la Ceeac), mais aussi dans le cadre du Marché commun de l’Afrique de l’Est et de l’Afrique australe (Comesa) et de la Communauté économique des pays des Grands Lacs (CEPGL). Sa situation stratégique à la confluence de grands blocs économiques et, en particulier, son intégration à l’EAC, dont il est membre depuis cinq ans, permettent aujourd’hui au Burundi d’accélérer le développement de ses infrastructures, de relancer son économie et de lui assurer une croissance timide mais stable (lire pp. 93-95), de 4,3 % par an en moyenne depuis 2007. Nombre de défis restent cependant à relever, en termes de réduction de la pauvreté, de lutte contre la corruption et de renforcement de l’État de droit. Le pays doit aussi parvenir à mettre en place la Commission Vérité et Réconciliation, qui permettra aux uns et aux autres de s’exprimer et de tourner la page d’un passé douloureux.

Flash-Back

Car du sang et des larmes, les Burundais en ont beaucoup versé ces cinquante dernières années. En cause, l’exclusion et la discrimination instaurées en mode de gouvernement pendant des décennies. Les Allemands, premiers colonisateurs du pays, l’avaient pratiquée, tout comme les Belges, leurs successeurs. Après l’indépendance, les Burundais leur ont emboîté le pas.

L’acte fondateur des frustrations et de la violence, qui vont aller crescendo, est posé le 13 octobre 1961, soit huit mois et demi avant la proclamation de l’indépendance de ce qui est encore un royaume. C’est l’assassinat du prince Louis Rwagasore, Premier ministre, dont le parti, l’Uprona, s’était imposé aux législatives. L’assassinat de ce Tutsi, personnalité consensuelle, provoque un choc dans le pays. En janvier 1965, un autre Premier ministre est assassiné, Pierre Ngendandumwe, un Hutu. Le destin du Burundi change brutalement, en 1966, lorsque l’armée dépose le roi et proclame la république. Deux autres putschs seront conduits par des militaires, Jean-Baptiste Bagaza, en 1976, et Pierre Buyoya, en 1987. Les coups d’État successifs ne résolvent pas les tensions ethniques. Massacres et génocides se multiplient. La principale conséquence est l’exacerbation, chez les Hutus, du sentiment d’oppression, d’autant que leurs élites ont été systématiquement éliminées (en particulier lors des massacres de 1972) et exclues de l’armée comme de l’administration. Même si une tendance à l’inclusion se dessine à la fin des années 1980, l’impression de persécution conduit à la création de mouvements tels que le Parti pour la libération du peuple hutu (Palipehutu).

Au début des années 1990, l’aspiration à la démocratie touche la plupart des pays du continent. Le Burundi n’y échappe pas. Le 9 mars 1992, une nouvelle Constitution est adoptée, qui instaure le multipartisme, et Pierre Buyoya libère l’espace politique. En juin 1993, le Hutu Melchior Ndadaye, leader du Frodebu, est élu à la magistrature suprême – une première dans l’histoire du pays – et Sylvie Kinigi, une Tutsie, est nommée à la tête du gouvernement… Mais le 21 octobre 1993 survient un nouveau coup de force conduit par le lieutenant-colonel Jean Bikomagu, Tutsi, chef d’état-major de l’armée. Le président élu est assassiné par une partie de l’armée réfractaire à tout changement. Tel un bateau ivre, le pays sombre dans une terrible flambée de violences intercommunautaires et dans une guerre civile qui va durer plus de dix ans. Face au très lourd bilan des affrontements (évalué à plus de 300 000 morts, soit 5 % de la population du pays), les belligérants burundais engagent à Arusha un long et difficile cycle de négociations, sous les auspices du président tanzanien Julius Nyerere, puis de l’ancien chef d’État sud-africain Nelson Mandela. Le processus aboutit, le 28 août 2000, à la signature de l’accord de paix d’Arusha.

Opposition démissionnaire

Rien d’étonnant à ce que le pays ait aujourd’hui besoin de se rassurer, après la crise née du retrait des formations de l’opposition lors des élections générales de 2010. Cette crise qui a secoué le pays pendant un an a fait craindre un moment le retour de la guerre, avec la fuite de certaines personnalités de l’opposition comme Agathon Rwasa, leader des FNL. « Nous avons abouti à des élections qui divisent le pays. Le pouvoir en place veut s’éloigner du dialogue et le CNDD-FDD, qui ne montre aucune voie de sortie, s’est attelé à déstabiliser notre parti », estime Frédéric Bamvuginyumvira, vice-président du Frodebu. Des accusations que rejette Pascal Nyabenda, le président du CNDD-FDD : « Les élections ont été organisées par une commission électorale indépendante élue en bonne et due forme. Dois-je travailler pour mon parti ou pour les autres ? Si mes hommes travaillent bien, ils continueront à recruter au sein d’autres formations, mais nous devons créer un climat d’entente et d’épanouissement pour les autres partis. »

Pour Bonaventure Niyoyankana, président de l’Uprona (parti du premier vice-président de la République, Thérence Sinunguruza), « le système fonctionnerait mieux si tous les partis avaient comme priorité la participation aux élections. Ceux qui ont quitté le processus en 2010 sont condamnables parce qu’ils ont voulu enterrer notre système politique en se comportant comme des syndicalistes. » Et il reste pessimiste quant à la capacité de l’opposition de « déloger le CNDD-FDD en 2015 », étant donné que ceux de ses membres qui ont été élus au Parlement ont refusé d’y siéger et d’honorer leur mandat.

En avril 2011, le Parlement a adopté une nouvelle loi sur les partis politiques, qui accorde l’immunité aux dirigeants de ces derniers dans l’exercice de leurs activités et prévoit le financement par l’État des partis représentés aux Parlement. Un petit pas de plus vers la démocratie… 

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