Économie

Algérie – Flambée des prix : à qui la faute ?

Viande, œufs, fruits, légumes, semoule… Les denrées de base n’en finissent plus de flamber. Mais face à des consommateurs déboussolés, les différents acteurs se renvoient la balle.

Mis à jour le 6 décembre 2022 à 11:01

Le marché de la Bastille à Oran. © APP/NurPhoto via AFP

En quelques semaines, le prix unitaire d’un œuf est passé de 12 à 20 dinars et celui du plateau de 30 unités, qui n’était que de 360 dinars en septembre, a bondi à près de 600 dinars.

Les prix du poulet, habituellement très fluctuants, sont également repartis à la hausse pour atteindre 450 dinars le kilo. Dans les classes moyennes, pour lesquelles les viandes blanches et les œufs constituent la principale source de protéines depuis que la viande rouge est devenue inaccessible, c’est le dépit et la consternation.

Crise avicole

Pour le président de l’Union nationale des producteurs d’œufs (Unpo), Djelloul Boudaoud, cette hausse est justifiée par la flambée du prix des aliments pour volaille qui a par ailleurs poussé bon nombre d’aviculteurs à mettre la clé sous la porte ces dernières années.

Ainsi, le prix du soja est passé de 5 000 DA à 12 000 DA et celui du maïs a grimpé de 3 000 à 5 500 DA. L’Unpo estime que près de 70 % de producteurs ont été contraints de cesser toute activité. Cela a eu pour effet immédiat d’entraîner l’effondrement de cette filière dès lors que le nombre de poules pondeuses, qui était aux alentours de 40 millions en 2020, a chuté à 10 millions.

De son côté, l’Organisation de protection du consommateur, l’APOCE, a appelé la population à boycotter les œufs ou à modérer fortement leur consommation jusqu’à ce que les prix baissent.

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Cette hausse des prix est également liée à l’apparition de foyers de grippes aviaires dans plusieurs wilayas du centre du pays, telles que Médéa, Chlef, Boumerdès et Béjaïa, à une période où les pouvoirs publics ont accentué les contrôles sur le marché de l’aliment du bétail et imposé l’obligation de facturation des ventes.

De ce fait, beaucoup d’aviculteurs estiment que si la situation reste en l’état, le prix au kilo du poulet pourrait aisément atteindre les 600 DA dès le début de l’année 2023.

Fruits et légumes en forte hausse

Sur les étals des marchés, les fruits et légumes connaissent aussi la même tendance haussière. La pomme de terre, l’oignon et la tomate sont cédés entre 90 et 100 dinars, alors que la mandarine, dont la fameuse clémentine sans pépins, fruit de saison par excellence, se vend entre 300 et 450 dinars.

Les dattes, dont c’est également la période de récolte dans les oasis de Tolga et Biskra, s’écoulent entre 300 et 600 dinars pour atteindre les 900 dinars pour la fameuse Deglet Nour, la star des dattes.

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De leur côté, fidèles à leur rhétorique, les pouvoirs publics accusent « les spéculateurs » d’être derrière cette flambée des prix. Mohamed Abdelhafid Henni, le ministre de l’Agriculture et du Développement rural, juge la production des œufs « abondante » et estime que la hausse des prix n’est due qu’à la spéculation.

Assurant avoir pris les mesures nécessaires au profit des consommateurs, le ministre annonce un plafonnement imminent du prix des viandes blanches après de nombreuses réunions avec les représentants de cette filière et ce afin de « préserver le pouvoir d’achat des citoyens ».

Ces prix, applicables dans quelques semaines, seront fixés en fonction du coût réel de production et des marges bénéficiaires des éleveurs, des détaillants ou au niveau des abattoirs.

Éleveurs indélicats

Toujours selon le ministre de l’Agriculture, la hausse du prix de la viande rouge n’est pas due à l’augmentation des aliments du bétail mais à la décision des éleveurs de majorer leurs prix, soulignant que des mesures seront prises contre ces éleveurs indélicats.

Le ministre a également démenti l’existence d’une « crise » concernant la semoule, accusant les éternels « spéculateurs » d’être à l’origine de ces malveillantes rumeurs.

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La réaction du gouvernement à cette hausse de la mercuriale – les prix relevés sur les marchés – s’est également faite par le biais du ministre du Commerce et de la Promotion des exportations, Kamel Rezig, qui a annoncé ce 1er décembre que des mesures exceptionnelles avaient été prises pour le renforcement du contrôle des chambres froides afin de mettre un terme à la spéculation pratiquée par leurs propriétaires.

Chambres froides et spéculation

Le ministre, qui a fait état du recensement par ses services de 7 554 espaces de stockage de différents produits, d’une capacité globale de plus de 13 millions de m3, a aussi précisé que son secteur a mis en place un programme pour imposer le contrôle périodique et inopiné des chambres froides.

Des cellules de veille au niveau des wilayas seront également chargées du suivi des prix des fruits et légumes afin de mettre un terme à la spéculation pratiquée par les propriétaires des chambres.

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Pour rappel, en 2008, sous la pression des agriculteurs et pour amortir la chute brutale des prix de la pomme de terre et dans le but de réduire les fluctuations des prix de ce produit de grande consommation, les pouvoirs publics avaient mis en place un dispositif de régulation dénommé SYRPALAC (Système de régulation des produits de large consommation).

Ce système a été abandonné en avril 2022 mais dans l’attente de la mise en place d’un nouveau dispositif de régulation des marchés, l’existence de milliers de chambres froides de stockage permet aux spéculateurs de réguler le marché et de contrôler les prix des fruits et légumes comme bon leur semble.