Politique

Wagner : vente de sardines et recrutement de prisonniers, les mercenaires agitent les réseaux sociaux

Qu’ils soient victimes ou auteurs de vidéos les mettant en scène, les paramilitaires russes suscitent de nouvelles polémiques.

Mis à jour le 1 décembre 2022 à 18:18
Damien Glez

Par Damien Glez

Dessinateur et éditorialiste franco-burkinabè.

© Damien Glez

Richard Wagner se retourne-t-il dans sa tombe ? « L’armée fantôme » de Poutine n’est peut-être pas l’hommage qu’aurait souhaité le compositeur mort il y a cent trente-neuf ans. Quelques jours après le rapport du groupe d’enquêteurs internationaux All Eyes On Wagner, qui évoque des violations de droits humains par des mercenaires russes au Mali avec un « degré élevé de certitude », Evgueni Prigojine reconnaissait que sa société avait recruté le Zambien Lemekhani Nathan Nyirenda, mort dans les tranchées ukrainiennes. Mais comment expliquer que Wagner ait pu faire sortir le jeune homme de 23 ans d’une prison de la région de Tver, au nord-ouest de Moscou, alors qu’aucun lien officiel n’est censé exister entre le groupe paramilitaire et l’État russe et, a fortiori, avec les autorités judiciaires et pénitentiaires ?

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Une info sur la « milice » ne venant jamais seule, en dépit du halo de mystère dont celle-ci s’entoure, l’actualité offre son lot de vidéos naviguant sur l’axe qui sépare la comédie de la tragédie. « Instructeurs » présumés spoliateurs de richesses minières, des soldats blancs aux accents russes auraient ainsi été filmés en train de vendre des boîtes de sardines, depuis un véhicule militaire, à Sévaré, la plus grande ville de la région malienne de Mopti.

Un milliard de vues

Quand les vidéos ne dévoilent pas les treillis à leur insu, elles sont le fruit d’une propagande aux ficelles épaisses et au canaux de diffusion incongrus. Créée en 2018, au moment de l’explosion du flux de fake news sur les réseaux sociaux, la star-up NewsGuard a récemment identifié 160 vidéos de propagande pro-Wagner contrevenant à la charte du réseau qui les hébergeait. TikTok interdit officiellement tout contenu qui « encourage, normalise ou glorifie la violence ou la souffrance extrême » alors que quatorze des posts en question semblent montrer les secondes dégradantes précédant l’exécution, en octobre 2022, de Yevgeny Nuzhin, un ancien mercenaire russe passé du côté ukrainien.

Si la société Wagner n’a officiellement aucun lien formel avec l’État russe et si le réseau TikTok est interdit en Chine, la première appartient à des proches de Poutine et le second est géré par un conglomérat partiellement détenu par le gouvernement chinois. Lequel s’abstient de condamner l’annexion de territoires ukrainiens par la Russie…

Ces 160 contenus explicitement violents ont été visionnés plus d’un milliard de fois. Ils étaient agrémentés d’une dizaine de hashtags et complétés par des clips musicaux qui incitent à s’en prendre aux « nazis » d’Ukraine. Le tout redirige les internautes vers des annonces de recrutement libellées par Wagner. Depuis l’enquête de NewsGuard, TikTok a retiré une partie des vidéos directement liées à des exécutions…