Politique

Maroc : duel en coulisses au PAM entre Abdellatif Ouahbi et Fatima-Zahra Mansouri

Contesté pour sa gestion, le secrétaire général du Parti Authenticité et Modernité pourrait se retrouver face à la numéro deux de la formation lors de son prochain congrès, censé se tenir en 2024.

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Par - à Casablanca
Mis à jour le 5 décembre 2022 à 09:14

Abdellatif Ouahbi vs Fatima-Zahra Mansouri © MONTAGE JA : MOHAMED DRISSI KAMILI pour JA ; ABDELHAK SENNA

LE MATCH DE LA SEMAINE – Chassez le naturel, il revient au galop. Après plusieurs épisodes tumultueux au sein du Parti Authenticité et Modernité (PAM), qui avaient suivi le départ d’Ilyas El Omari, la formation avait retrouvé une forme de calme une fois Abdellatif Ouahbi élu à la tête du parti, en 2020. Une stabilité confortée par la participation du PAM à l’actuel gouvernement de coalition (Rassemblement national des indépendants-PAM-Istiqlal) dirigé par Aziz Akhannouch.

Pourtant, les récents affrontements qui se sont déroulés en coulisses entre Abdellatif Ouahbi, actuellement ministre de la Justice, et la numéro deux du parti, la ministre de l’Urbanisme Fatima-Zahra Mansouri, par ailleurs présidente du Conseil national du PAM, laissent penser que le parti du tracteur est rattrapé par ses logiques de division.

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Clivages internes

En interne, Ouahbi est critiqué pour sa gestion du mouvement, qu’il dirige depuis bientôt trois ans. Arrivé à la tête du PAM dans un contexte de tensions, il incarnait à l’époque, parfois de façon théâtrale, la fronde contre Ilyas El Omari, qui avait fini par se retirer en 2018.

« Après le départ d’El Omari, il y a eu un défaut de candidats, et Abdellatif Ouahbi a su saisir sa chance », juge un ancien cadre et membre fondateur du PAM. « Le problème, c’est qu’il n’a pas de vision ni de ligne claire pour la formation, et qu’il n’hésite pas à faire de grandes promesses qu’il ne tiendra pas. »

Affaibli dans son rôle de secrétaire général, Ouahbi est également en difficulté en tant que ministre de la Justice sur le plan national. Depuis plusieurs semaines, un bras de fer l’oppose aux avocats au sujet d’un projet de loi qui modifie leurs conditions d’accès à la profession. Le ministre, qui n’a pas donné suite aux sollicitations de Jeune Afrique, est personnellement mis en cause par l’Association des barreaux du Maroc pour sa méthode jugée peu participative, et cristallise à lui seul la plus grande partie des critiques.

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La défiance suscitée par Abdellatif Ouahbi a logiquement conduit plusieurs des cadres de la formation fondée par Fouad Ali El Himma à envisager un changement à sa direction. Fatima-Zahra Mansouri, pur produit du parti – elle est notamment passée par le Mouvement pour tous les démocrates, l’ancêtre de la formation du tracteur –, serait ainsi en pole position pour se présenter aux prochaines élections qui désigneront le nouveau dirigeant.

Cette avocate dispose d’un solide ancrage dans la région de Marrakech, où elle est née. En 2021, elle est parvenue à conquérir pour la deuxième fois la mairie de sa ville natale, qu’elle avait déjà gagnée en 2009 mais qu’elle avait dû quitter en 2015, victime de la vague électorale du Parti de la Justice et du Développement (PJD).

Ancien soutien de Ouahbi

Détentrice, comme son rival, d’un portefeuille ministériel, la maire est moins exposée que ce dernier et bénéficie d’une conjoncture favorable. « Son poste de présidente du Conseil national lui offre un accès direct au terrain, elle est donc plus près des militants », estime l’un de ses proches, qui assure que l’intéressée, qui n’a pas non plus répondu aux demandes d’entretien de Jeune Afrique, « a envie d’y aller ».

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Pourtant, Fatima-Zahra Mansouri avait fortement appuyé la candidature d’Abdellatif Ouahbi il y a trois ans, à tel point que certains estiment que ce dernier « lui doit son élection ». Que s’est-il donc passé ? L’usure de la fonction et la gestion de l’actuel secrétaire général seraient, murmure-t-on en interne, les raisons qui la pousseraient à se porter candidate lors du prochain congrès.

« Tous les anciens poids lourds du parti, notamment ceux qui ont contribué à sa création, ont quitté le jeu politique. Fatima-Zahra Mansouri sait donc qu’elle a un coup à jouer », abonde un analyste politique.

« Elle était très proche d’Ilyas El Omari à une époque, mais lorsqu’il s’est retrouvé aux commandes, leurs liens se sont distendus, et elle a fini par soutenir la candidature de Ouahbi, qui était l’un de ses principaux détracteurs. C’est un peu la même chose qui est en train de se produire aujourd’hui », poursuit l’un de ses proches.

Problèmes disciplinaires

Signe d’une autorité qui vacille, le secrétaire général est depuis peu accusé de ne pas tenir correctement ses rangs. Le 11 novembre, au cours d’une séance plénière à la Chambre des représentants, Hicham El Mhajri, un député membre du PAM, s’en est ouvertement pris au chef du gouvernement, Aziz Akhannouch, au sujet de la loi de finances 2023, alors que son parti est l’un des trois piliers de la majorité gouvernementale.

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Quelques jours plus tard, le PAM annonçait que l’adhésion de Hicham El Mhajri au bureau politique avait été suspendue, et que le député passerait prochainement devant la commission d’arbitrage et de déontologie du parti.

Aucune date précise n’a pour le moment été arrêtée concernant la tenue du prochain congrès du PAM, qui permettra de reconduire ou d’élire un nouveau secrétaire général. Il se tient en principe tous les quatre ans et devrait donc avoir lieu courant 2024.