Société

Biodiversité en Afrique : le secteur privé en première ligne

Après la COP27 à Charm el-Cheikh, place à la COP15 des biodiversités, à Montréal (Canada) du 7 au 19 décembre. Principal défi pour les Africains : promouvoir une économie fondée sur la préservation de l’environnement.

Mis à jour le 12 janvier 2023 à 13:03
Jeimila Donty

Par Jeimila Donty

Fondatrice et directrice générale de Koraï.

Max Fontaine

Par Max Fontaine

Fondateur et CEO de la société Bôndy

Un garde forestier dans la forêt primaire de Vohibola, à Madagascar, en mars 2019. © Rijasolo/AFP

Cyclones, canicules, feux de forêts, sécheresses, inondations… Sur terre comme dans les océans, la situation est alarmante. Les désastres climatiques surviennent désormais à une fréquence plus régulière et avec une intensité encore jamais observée.

Tous concernés !

Riches ou pauvres, côtiers ou montagnards, ruraux ou urbains, nous sommes tous concernés ! Selon le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), si rien n’est fait, entre 800 millions et 3 milliards de personnes pourraient souffrir de manière chronique de pénuries d’eau ainsi que des conséquences de sécheresses prolongées : perte de productivité agricole, migrations, conflits.

Sous la mer également, bien qu’on n’en parle pas assez, les dommages sont eux aussi considérables : si la température terrestre devait s’élever de 2 degrés, 99 % des coraux pourraient disparaître. Les 12 000 km2 de récifs coralliens des côtes africaines qui longent l’océan Indien, de l’Afrique de l’Est à Madagascar, sont ainsi menacés de disparition d’ici à 2070. Déjà, 7 % des herbiers marins disparaissent chaque année, soit l’équivalent de la taille d’un terrain de football toutes les demi-heures.

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Or ces écosystèmes abritent le tiers de la biodiversité marine. Celle-ci s’appauvrit alors même que quelque 500 millions de personnes à travers le monde dépendent directement des écosystèmes marins pour leur alimentation. De toute évidence, même si les gouvernements parvenaient à respecter les objectifs qu’ils se sont fixés, leurs efforts demeureraient insuffisants.

L’urgence écologique est aussi économique

Ces écueils ne justifient pas pour autant que nous cédions au fatalisme. Parce que la biodiversité joue un rôle essentiel dans notre survie et parce qu’elle est tout aussi cruciale pour l’économie, la protéger n’est pas seulement l’affaire d’une poignée d’amoureux de la nature ou de passionnés de science.

En effet, en plus d’être des puits de carbone, les écosystèmes, garants d’une grande partie de la biodiversité, nous procurent des sources d’alimentation et d’énergie, des matériaux, une pharmacopée, une certaine régulation climatique et une bonne qualité de l’air, et, enfin, des services culturels – tels que le tourisme ou les loisirs.

La valeur totale des services que rendent les écosystèmes marins et côtiers dans le monde est évaluée à plus de 20 900 milliards de dollars par an, soit quasiment l’équivalent du PIB des États-Unis.

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Capitalisme destructeur

Aujourd’hui, les pays en voie de développement ont pour priorité de réduire leur retard sur les pays industrialisés, au risque de reproduire les mêmes erreurs que ces derniers. La richesse des États africains pourrait pourtant se fonder sur la promotion d’une économie nouvelle où la préservation de l’environnement jouerait un rôle central.

Selon une étude publiée par les Nations unies en 2016, le continent africain, dont la richesse des sols est bien connue, abrite un quart de la biodiversité mondiale. Cette richesse naturelle est principalement destinée à l’exportation, sa valeur ajoutée ne profitant que trop peu aux populations locales et les pratiques de production étant souvent peu respectueuses de l’environnement.

La bonne volonté des gouvernements ne suffit pas à elle seule : si l’on veut sortir de l’engrenage du capitalisme destructeur, la réhabilitation de la biodiversité doit devenir attrayante et économiquement rentable. Le jour où le profit et la restauration de l’environnement iront de pair, cette dernière s’imposera comme une priorité aux habitants du continent.

Entrepreneuriat vert

Les pays africains pourraient s’inspirer de leur succès dans le mobil money, en plein essor, pour devenir des pionniers de la climate tech. La greentech favoriserait ainsi le développement durable de leurs économies.

L’entrepreneuriat vert allie développement économique, création d’emplois et renforcement de compétences autour de projets bénéfiques pour les populations vulnérables et l’environnement. Le système associatif et les pouvoirs publics ayant montré leurs limites en matière de gestion de projets de développement, le secteur privé pourrait légitimement prétendre jouer un rôle de catalyseur du changement. Cela contribuerait à l’émergence de nouveaux modèles d’affaires et répondrait, en même temps, aux défis qui se posent à la planète.

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Bien que fort peu responsables du réchauffement climatique, les entreprises africaines en subissent les conséquences. La croissance verte serait, pour elles, un moyen d’afficher leur détermination à devenir des acteurs majeurs dans l’élaboration de solutions permettant de limiter la hausse des températures (sous le seuil des 1,5°C supplémentaires).

Reboisement

Les grands bailleurs de fonds ainsi que les agences de développement font désormais porter leur stratégie sur le secteur privé en Afrique. L’entreprise sociale malgache Bôndy révolutionne la manière de concevoir et de réaliser des projets de reboisement à Madagascar. Elle développe les économies rurales en reboisant les parcelles des agriculteurs locaux avec des espèces utiles et à forte valeur économique.

Cette approche, qui privilégie le « marché » sur le « projet », permet d’en finir avec le tabou des financements et d’impliquer toutes les parties prenantes dans la réussite des projets. Grâce à la surveillance (satellitaire et par drones) des parcelles, à l’utilisation de la blockchain ou encore à des kits d’analyse rapide des sols, Bôndy parvient à améliorer l’efficacité technique des projets tout en garantissant aux partenaires impliqués une nécessaire transparence.

L’économie bleue peut également devenir un levier de développement économique pour les populations côtières. Encore faut-il engager les entreprises dans la restauration des écosystèmes marins et sensibiliser les populations locales à l’importance de leur protection et à l’application de méthodes de pêcherie et de tourisme durables.

Attirer les capitaux

La société Koraï vend des plans RSE et des crédits carbone afin de replanter coraux, herbiers marins et mangroves sur les côtes africaines, à commencer par l’Afrique de l’Est. On pourra visiter des nurseries, lieux de bouturage et de préparation à la restauration, sous un mode ludo-éducatif.

Il devient ainsi possible d’attirer des capitaux internationaux et de les réinjecter dans le continent au profit de la biodiversité marine, en embarquant des ETI [entreprises de taille intermédiaire] désireuses de lutter contre le réchauffement climatique (ODD13), en faveur de la vie aquatique (ODD14), du transfert de connaissances (ODD4) et de la création d’emplois décents dans l’économie formelle (ODD8).

Seule la détermination des entreprises qui luttent en faveur d’une justice écologique et sociale permettra de restaurer la richesse naturelle de l’Afrique.

Rejoignez-nous dans ce mouvement pour une économie responsable et durable : entrepreneurs et acteurs du privé, levez-vous !