Politique

Afrique – France : Giorgia Meloni, le franc CFA et les contre-vérités

Dans une vidéo exhumée depuis son accession au pouvoir, l’actuelle présidente du Conseil des ministres d’Italie critique, avec approximation, la politique française.

Mis à jour le 24 novembre 2022 à 14:31
Damien Glez

Par Damien Glez

Dessinateur et éditorialiste franco-burkinabè.

L’Italienne Giorgia Meloni a fortement critiqué la politique de la France en Afrique. © Damien Glez

Royaume de l’instantanéité et de son corolaire, la spontanéité, Internet est aussi l’entrepôt d’archives que certains aimeraient parfois voir disparaître. Font partie de ces fossoyeurs d’erreurs de jeunesse les partisans de l’actuelle responsable du gouvernement italien, Giorgia Meloni, confrontés qu’ils sont à une vidéo de leur passionaria en train de qualifier, en 1996, le dictateur fasciste Benito Mussolini de « bon politicien ».

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« Monnaie coloniale »

Une autre interview de Giorgia Meloni vient d’être ressortie des tiroirs numériques… du mois de janvier 2019. Les community managers du parti d’extrême droite « Fratelli d’Italia » postent une interview où la politicienne italienne critique, sous les applaudissements d’un public, la présence de la France en Afrique. Sur la chaîne italienne LA7, Meloni déplie un billet de francs CFA qu’elle présente comme une « monnaie coloniale » destinée à exploiter « 14 nations africaines », notamment des enfants du Burkina Faso qui « se glissent dans des tunnels » miniers pour un or qui « finit en grande partie dans les caisses de l’État français ».

Re-mise en ligne le 18 novembre dernier par l’extrême droite… américaine, la vidéo démontre l’opportunisme de l’internationale nationaliste. Car une crise diplomatique vient de s’ouvrir entre Paris et Rome, après le ping-pong verbal autour du navire « Ocean Viking » sur lequel se trouvaient des clandestins venus d’Afrique.

Outrance approximatives

En plus d’être une pique bon marché en direction d’Emmanuel Macron, la compassion de Giorgia Meloni envers les enfants burkinabè apparaît être moins un accès d’humanité afrophile qu’une tentative de démonstration des effets de la politique française sur les vocations migratoires. Une fois encore, la détresse de certains Africains est instrumentalisée dans des débats européano-européens destinés, in fine, à barrer la route des mêmes migrants que l’on prétend plaindre…

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En plus de l’opportunisme idéologique, la vidéo démontre l’usage décomplexé des « vérités alternatives » chères aux populistes. Même en 2019 où le dépôt, sur un compte du Trésor français, de 50 % des réserves de change des pays utilisateurs de francs CFA n’avait pas encore été abrogé, il n’était nullement question d’un « impôt » tel que Meloni le dénonce. Les sommes déposées et dont il était question n’ont jamais été absorbées par ledit Trésor français.

Certes, d’abord dénommé « franc des colonies françaises d’Afrique », le CFA est un héritage anachronique du passé colonial de la France. Mais les outrances approximatives ne servent guère les tentatives apaisées de mutation monétaire. Quant à l’exemple des mines dont les richesses reviendraient principalement à la France, il n’était guère mieux documenté. Si l’exploitation de l’or profite scandaleusement peu au PIB burkinabè, c’est que les exportations du précieux métal se font d’abord au bénéfice de la Suisse, de l’Inde, de l’Ouganda, des Émirats arabes unis ou de la Belgique. Mais pas de la France, pourtant cible de cette vidéo virale.