Politique

Tunisie : Najla Bouden, touchée mais pas coulée

Après avoir traversé une mauvaise passe, la cheffe du gouvernement tunisien revient aujourd’hui au centre du jeu, au moins jusqu’aux législatives de décembre prochain.

Par - à Tunis
Mis à jour le 23 novembre 2022 à 12:35

La cheffe du gouvernement tunisien Najla Bouden, à Tunis, le 7 mai 2022. © Yassine Gaidi/Anadolu Agency via AFP

Avec la fin du sommet de la Francophonie et de ses événements parallèles, les tensions semblent retomber et les activités du gouvernement tunisien reprendre. La cheffe du gouvernement, Najla Bouden, est réapparue tout sourire, comme pour effacer les polémiques des semaines précédentes dont on ne sait même pas si elles ont réellement existé tant l’exécutif communique peu.

Parmi les « affaires » les plus récentes, on songe à la convocation de Nizar Bahloul, directeur de média pour répondre devant la brigade criminelle du contenu d’un article évoquant le bilan de la première année de Najla Bouden aux commandes de l’action gouvernementale, qui avait fait désordre au moment où la Tunisie accueillait le sommet de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF). La publication en question, bien que factuelle, avait fait objet d’une plainte en bonne et due forme déposée par la ministre de la Justice et posé question sur les libertés d’expression et de presse.

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Au-delà de cet incident, l’opinion avait déjà noté que la cheffe du gouvernement n’apparaissait plus, comme elle avait coutume de le faire, depuis son retour de la COP27 à Charm el-Cheikh, près de dix jours avant le sommet de la Francophonie, le 19 novembre.

En Égypte, Najla Bouden s’était affichée aux côtés des grands de ce monde au bord de la mer Rouge, conduisant une délégation d’une quarantaine de personnes avec pour objectif d’obtenir des fonds qui permettraient à la Tunisie de faire face au changement climatiques qui la frappe durement. Une démarche tout à fait conforme aux attributions de la Première ministre.

Trop amicale avec le président israélien ?

Mais voilà, certaines séquences du sommet de Charm el-Cheikh, durant lesquelles on a pu voir Najla Bouden échanger sourires et gestes de sympathie avec le président israélien Isaac Herzog, comme lors de la photo de famille prise le 9 novembre, ont déplu à certains.  En particulier à El Chaab et au Parti des travailleurs, formations politiques nationalistes arabes qui ont cru voir dans ces signes de courtoisie les indices d’une possible amorce de « normalisation ».

Inacceptable pour ces partis, et plus généralement pour l’opinion tunisienne, qui soutiennent de manière indéfectible la cause palestinienne. Résultat : dès son retour à Tunis, Najla Bouden avait repris son activité, mais celle-ci n’était plus relayée par les médias officiels ni assortie des habituelles déclarations. Le rythme des entretiens avec le président Kaïs Saïed s’est aussi fait moins soutenu, alors même que le chef de l’État recevait plusieurs ministres de son équipe.

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Une impression de mise à l’écart renforcée par l’annulation à la dernière minute du déplacement prévu à Paris d’une délégation tunisienne – conduite par la Première ministre – à l’occasion du Forum sur la paix, le 11 novembre. Deux jours plus tard, l’inauguration du village de la Francophonie par la ministre des Affaires culturelles, Hayet Ketat, intriguait, là encore, certains n’hésitant plus à évoquer une disgrâce.

Probable remaniement ministériel

Analyse sans doute hâtive, même s’il est exact qu’en toute probabilité les élections législatives du 17 décembre 2022 seront suivies par un remaniement ministériel. Comme à leur habitude, ni le palais ni la Kasbah n’ont jugé bon de démentir ou d’apporter le moindre éclaircissement.

Ceux-ci ne sont finalement arrivés que le 19 novembre à l’ouverture du sommet de l’OIF. La cheffe du gouvernement, cette fois, était bien présente, sans toutefois avoir plus de visibilité que ses homologues. Elle s’est même faite discrète dans le sillage du président Saïed et était apparue à la table du couple présidentiel tunisien lors du dîner offert par l’OIF le 20 novembre. Des photos ayant fuité la montrent d’ailleurs en grande discussion avec l’épouse du chef de l’État tunisien.

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Le lendemain, elle semblait prendre le relai et donner de la visibilité à la présence officielle de la Tunisie en participant à une table ronde sur le numérique, puis en prononçant, le 21 novembre, l’allocution de clôture du Forum économique qui a succédé au sommet. De retour à Tunis, Najla Bouden s’apprête à tenir un conseil des ministres, dont elle a présenté l’ordre du jour à Kaïs Saïed le 22 novembre.

Elle a par ailleurs un agenda chargé d’ici la fin d’année avec la préparation de la loi de finances 2023 et la prise de mesures destinées à convaincre le conseil d’administration du FMI de transformer l’accord provisoire pour le prêt sollicité par la Tunisie en accord définitif. Entre temps, il lui faudra veiller à éviter que la grogne populaire ne devienne un mouvement protestataire empêchant ou entachant les législatives.