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Russie-Ukraine : des eurodéputés veulent sanctionner Alger

Dix-sept députés européens demandent à Ursula von der Leyen et à l’Union européenne de réviser l’Accord d’association avec l’Algérie, au motif qu’elle apporterait un « soutien politique, logistique et financier » à la Russie dans la guerre contre l’Ukraine.

Mis à jour le 22 novembre 2022 à 17:30

Des hélicoptères MI-26 de l’armée algérienne, de fabrication russe, lors de la célébration du 60e anniversaire de l’indépendance de l’Algérie, à Alger le 5 juillet 2022. © NurPhoto via AFP

Alors que la date de la visite prochaine du président Tebboune à Moscou n’est toujours pas annoncée, les autorités algériennes subissent de nouvelles pressions concernant leurs relations étroites avec la Fédération de Russie. Dix-sept eurodéputés ont adressé, le mercredi 16 novembre, une lettre à Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, afin de demander la révision de l’Accord d’association entre l’Union européenne et l’Algérie, signé en 2002 et entré en vigueur en 2005.

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Emmenés par Andrius Kubilius, ancien Premier ministre de la République de Lituanie et président du Groupe du PPE (Parti populaire européen – démocrates-chrétiens), les députés s’inquiètent des liens de plus en plus étroits entre la Russie et l’Algérie, liens qui, selon eux, se traduisent par « un soutien politique, logistique et financier de l’agression de l’Ukraine par Poutine ».

Les 17 députés signataires (élus de Lituanie, France, Danemark, Estonie, Suède, Bulgarie, Finlande, Pologne, Hongrie et Slovaquie) énumèrent ainsi les éléments qui attestent du soutien supposé de l’Algérie à la guerre que Vladimir Poutine mène en Ukraine.

Alger s’abstient encore à l’ONU

Alger s’est, tout d’abord, abstenu de voter la résolution de l’ONU du 2 mars 2022 qui « exige que la Russie cesse immédiatement de recourir à la force contre l’Ukraine ». Elle n’a pas non plus, ajoutent les signataires, voté le 7 avril la décision de L’Assemblée générale des Nations unies de suspendre la Russie du Conseil des droits de l’homme (CDH). Le 12 octobre, l’Algérie s’est encore une fois abstenue de voter la résolution sur l’annexion « illégale » de quatre régions ukrainiennes par la Russie. Pour les 17 eurodéputés, toutes ces abstentions sont des signes qu’Alger soutient « les aspirations géopolitiques de la Russie ».

À l’appui de leur demande, les signataires de la pétition indiquent aussi que l’Algérie compte « parmi les quatre premiers acheteurs d’armes russes dans le monde, avec notamment un contrat d’armement de plus de 7 milliards de dollars en 2021 » (6 milliards d’euros à cette date) et que « ce transfert militaire a fait de l’Algérie le troisième plus grand bénéficiaire d’armes russes dans le monde ». Tout afflux d’argent à la Russie ne peut que renforcer sa machine de guerre en Ukraine, ajoutent les signataires.

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Pour les 17 députés européens, l’Algérie apporte ainsi son soutien financier à l’agression contre l’Ukraine, ce qui constitue une violation de l’article 2 de l’Accord d’association de 2005, qui stipule que « le respect des principes démocratiques et des droits fondamentaux de l’homme, tels qu’énoncés dans la Déclaration universelle des droits de l’homme, inspire les politiques internes et internationales des parties et constitue un élément essentiel du présent accord ».

Les signataires exhortent en conséquence l’UE à prendre des mesures pour s’assurer que ses partenaires ne soient pas tentés de financer le gouvernement russe par l’achat d’équipements militaires. Ils demandent également que l’Union européenne réclame à l’Algérie la signature et la ratification du traité sur le commerce des armes, qui réglemente le commerce international des armes classiques (entré en vigueur le 24 décembre 2014).

Un contrat qui n’existe pas

Problème : en appuyant leur démonstration sur l’existence d’un contrat d’achat d’armements de 7 milliards de dollars signé avec Moscou en 2021, les 17 députés européens reprennent en fait une vieille information déjà utilisée par le sénateur républicain Marc Rubio, ancien candidat à l’investiture de son parti face à Donald Trump, au mois de septembre. Un mois plus tard, un groupe de 27 élus du Congrès reprenaient à leur compte le même argument pour demander au secrétaire d’État Antony Blinken de prendre des sanctions contre certains responsables algériens qu’ils accusaient d’achats massifs d’armes auprès de la Russie.

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Or Alger et Moscou n’ont paraphé, en 2021, aucun contrat d’armement de 7 milliards de dollars. Le montant total des exportations d’équipements de la Russie vers l’Algérie pour cette année-là étaient de 985 millions de dollars, selon un rapport conjoncturel du Service fédéral des douanes russe rendu public en septembre 2021. Et de 2 milliards de dollars en 2020. Si la Russie reste bien le principal fournisseur en armement de l’Algérie, jamais les deux pays n’ont signé un montant d’une telle ampleur en une année.

Après des années de négociations, Vladimir Poutine avait par ailleurs accepté, en mars 2006, de convertir la dette militaire de 4,5 milliards de dollars que l’Algérie avait contractée auprès de l’URSS dans les années 1960 et 1970. En échange, Alger avait accepté de signer un contrat de 3,5 milliards de dollars comprenant l’achat de différents équipements militaires, dont 28 chasseurs Sukhoi SU-30 MKI, 40 chasseurs MiG-29 SMT, 8 groupes de missiles antiaériens S-300 PMU et 40 chars T-90.