Politique

Guinée équatoriale : Teodoro Obiang Nguema Mbasogo, et de six !

Sans surprise, le 20 novembre, le chef de l’État équato-guinéen a été réélu pour un sixième mandat consécutif.

Mis à jour le 14 décembre 2022 à 11:22
Damien Glez

Par Damien Glez

Dessinateur et éditorialiste franco-burkinabè.

© GLEZ

Le 8 septembre, Teodoro Obiang Nguema Mbasogo, le président équato-guinéen, a dû être étreint par trois sentiments simultanés. D’abord, l’affliction : à l’occasion du décès de la reine Elizabeth II, il se devait d’exprimer ses condoléances. Ensuite, la fierté : à la suite de cette disparition, la presse l’a aussitôt présenté comme le nouveau chef d’État en exercice pouvant se prévaloir du plus long « règne » (quarante-trois ans). Enfin, l’agacement, les critiques rappelant que, dans une Guinée équatoriale officiellement démocratique, la célébration d’un « jubilé » digne de celui d’une tête couronnée était incongrue.

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Est-ce une bouffée d’orgueil qui a encouragé l’octogénaire à être à nouveau candidat à la présidentielle, après avoir repoussé, en 2011, l’âge limite (75 ans) que fixait la Constitution ? Est-ce parce que la condamnation de son fils, le fêtard Teodoro Nguema Obiang Mangue (dit Teodorín), en France, dans l’affaire des « biens mal acquis », a compromis – temporairement ? – le scénario apaisé d’une transmission népotique du pouvoir ?

Un air de pluralisme

Après plusieurs semaines d’une campagne d’arrestations qui a frappé des cadres de l’opposition en exil au motif qu’ils auraient fomenté un « complot » – lequel aurait pu se traduire par des attentats contre « des stations d’essence, des ambassades occidentales et des domiciles de ministres » –, la candidature des opposants Buenaventura Monsuy Asumu et Andrés Esono Ondo a donné un air de pluralisme au scrutin du 20 novembre. Et voilà Teodoro Obiang Nguema qui entame tranquillement son sixième mandat consécutif.

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Pour les esprits grincheux, qui ont usé de lourds sous-entendus, ce processus électoral est « sans surprise ». Seule exception : le choix, par le maître des horloges, d’avancer de quelques mois la date du scrutin, sur un continent où les retards dans l’organisation des élections sont plus souvent monnaie courante.

Et Joe Biden ?

Mais la ponctualité ne fait pas tout. Si les partisans du chef de l’État équato-guinéen vantent les succès du « faiseur de la paix » dans le domaine de l’économie ou de la sécurité, le statut de troisième exportateur de pétrole d’Afrique subsaharienne dont se prévaut la Guinée équatoriale ne se traduit guère dans le quotidien de ses habitants.

Rendez-vous au prochain scrutin ? Le nouveau mandat d’Obiang étant un septennat, son terme devrait coïncider, sauf accident, avec un jubilé notable : un demi-siècle de pouvoir. Et l’âge ? Entre-temps, Joe Biden aura décidé s’il souhaite se représenter (il aura 82 ans en 2024). Qui s’interdirait ce que l’on s’autorise aux États-Unis ?