Société

Maroc : comment le cabinet d’avocats Dentons veut conquérir l’Afrique

Avec une présence dans treize pays africains et des objectifs de développement ambitieux, Dentons a tissé en un temps record une vaste toile continentale.

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Mis à jour le 19 novembre 2022 à 18:27

Présent dans 83 pays à travers 216 bureaux répartis aux quatre coins du monde, Dentons, qui emploie plus de 1 200 avocats d’affaires, est considéré comme l’un des poids lourds du secteur. © Witthaya Prasongsin/Getty Images

Mercredi 16 novembre, à Marrakech, s’est tenu l’Africa Partners Meeting, grand-messe du droit des affaires en Afrique, qui a réuni 50 avocats d’affaires du continent parmi les plus en vue. Aux manettes de cet événement, Dentons, un cabinet présent dans 83 pays, à travers 216 bureaux répartis aux quatre coins de la planète. Employant plus de 12 000 avocats d’affaires, il est considéré comme l’un des poids lourds mondiaux du secteur.

Ces dernières années, Dentons a fait de l’Afrique l’un de ses principaux relais de croissance. En 2019, les patrons du cabinet affichaient d’ailleurs déjà leur ambition : devenir leader sur le marché africain. Trois ans plus tard, ce dessein s’est concrétisé, si l’on en croit Me Omar Sayarh, associé gérant du cabinet au Maroc : « Nous sommes aujourd’hui le premier cabinet d’avocats en Afrique, avec une présence dans treize pays et un plan de développement ambitieux tendant, dans les deux prochaines années, à investir d’autres marchés », nous confie cette personnalité reconnue dans le milieu marocain, qui chapeaute, depuis Casablanca, avec son associé Mehdi Megzari, les activités de Dentons au sein du royaume.

Un marché très dynamique

À Marrakech, ces ambitions ont été renouvelées à l’occasion de l’Africa Partners Meeting : la communauté africaine des juristes, réunie auprès de Joe Andrew, Global Chairman de Dentons, le Sud-Africain Noor Kapdi, directeur général Afrique, et plusieurs autres membres du board mondial, ont échangé autour des défis et enjeux du métier sur le continent.

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« L’Afrique présente l’un des marchés les plus dynamiques du monde. En cette période de croissance, de changements positifs et de nouvelles opportunités, nous nous devons de répondre aux besoins en constante évolution des entreprises, des gouvernements et des institutions internationales. Et le choix de nous réunir à Marrakech pour s’engager dans ces nouveaux défis est naturellement lié à son statut de hub mondial pour les congrès internationaux, ainsi qu’à la place stratégique qu’occupe le Maroc, à la fois porte d’entrée du continent et véritable pont dans les partenariats Nord-Sud », explique Me Sayarh, hôte de l’évènement.

Dentons incarne ainsi une success-story marocaine, celle du mariage entre Dentons et Sayarh. Une réussite qui s’étend aussi bien au Maghreb qu’en Afrique subsaharienne, mais aussi au Moyen-Orient, où le cabinet accompagne de grands clients institutionnels et privés dans l’ensemble de leurs opérations : développement international, règlement des contentieux, conseil en fusion-acquisition, capital-investissement, nouvelles technologies, project finance, partenariats public-privé (PPP)…

Clients et secteurs variés

Le cabinet a accompagné de grands groupes chérifiens et internationaux dans de nombreuses – et complexes – opérations : acquisition par WorleyParsons de la totalité des participations et activités de Jacobs Engineering au Maroc, installation dans le pays d’Uber et de Glovo, assistance de Xlinks dans le cadre de son mégaprojet visant à alimenter en électricité le Royaume-Uni à partir des installations solaires marocaines, etc.

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C’est également Dentons qui se trouve derrière la structuration, par Small Enterprise Assistance Funds, la Caisse centrale de garantie et BMCE Bank, d’un fonds d’investissement sous forme d’OPCC (Organisme de placement collectif en capital – fonds d’investissement ayant pour objet le financement de PME, principalement marocaines et non cotées) dans le cadre du programme Innov Invest.

Sans compter le conseil sur le volet réglementaire pour des institutionnels comme le ministère de l’Économie et des Finances que le cabinet accompagne dans le projet de mise en place d’un écosystème juridique pour le crowdfunding. Il est aussi impliqué dans le processus d’intégration du Maroc à la blockchain.

Expertise locale autant que globale

Le cabinet compte dans sa clientèle des noms prestigieux, tels le japonais Toyota Tsusho Corporation, le coréen Dk Mungyo, IFC (Société financière internationale, filiale de la Banque mondiale), Proparco, la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (Berd), le groupe sud-africain Kerzner ou l’émirati Emaar Properties.

Le cabinet est polycentrique. Il n’est pas sous le joug d’une culture nationale dominante.

À tous ces clients qui s’exportent à l’international, et en Afrique en particulier, Dentons offre de larges services, comme en témoigne un grand patron marocain, consulté par Jeune Afrique : « Il est plus facile de travailler avec un cabinet international, qui peut vous assurer à la fois du conseil sur la réglementation en Europe, aux États-Unis, en Asie, mais surtout en Afrique dans tous les territoires et juridictions qui existent, de Kampala à Nairobi en passant par Dar es Salaam, Luanda, ou Johannesburg. Le tout avec une expertise qui couvre l’ensemble des besoins d’un investisseur :conseil réglementaire, droit de la concurrence, propriété intellectuelle, montages juridico-financiers, structuration de financements innovants, règlement des litiges, arbitrages… »

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« On se sent protégé en tant qu’acteur économique de traiter avec un réseau tel que celui de Dentons. D’autant plus que le cabinet opère sur le terrain avec des avocats africains, qui connaissent, outre le droit local, les spécificités culturelles de chaque pays. C’est cela la vraie valeur ajoutée d’un conseil juridique… », ajoute le capitaine d‘industrie. Ce facteur culturel est d’ailleurs l’un des arguments de vente de Dentons sur le continent. « La stratégie de Dentons en Afrique peut se résumer en quelques mots : créer un cabinet panafricain contrôlé par des Africains afin d’accompagner ses clients, partout, avec une qualité identique aux plus hauts standards internationaux. Cette stratégie est plus que bénéfique pour nous, en tant que bureau marocain de Dentons, puisque nous sommes en mesure aujourd’hui, à travers nos 17 bureaux africains, d’accompagner nos clients locaux et internationaux dans tous leurs investissements et opérations », détaille Me Sayarh.

« Quand l’Afrique fait confiance à l’Afrique »

Le bureau casablancais est un bon exemple de cette « Afrique qui fait confiance à l’Afrique », devenue la devise des « capitalistes » marocains depuis que le roi Mohammed VI en a fait une ligne directrice de sa politique de développement Sud-Sud. En plus de Omar Sayarh et de Mehdi Megzari, le board de Dentons à Casablanca comprend également une figure du contentieux des affaires, le fondateur Mohamed Ali Sayarh.

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« Dentons doit son succès à son caractère innovant et à sa culture disruptive dans le monde des cabinets d’avocats internationaux, poursuit Me Sayarh. Nous sommes polycentriques, c’est-à-dire que le cabinet n’est pas sous le joug d’une culture nationale dominante. Comment pourrait-il d’ailleurs en être autrement, avec une présence dans plus de 83 pays ? Nous ambitionnons ainsi d’offrir à nos clients des talents issus d’horizons et de pays différents et possédant une expérience approfondie de toutes les traditions juridiques du monde ». Et d’ajouter que cet ancrage africain, porté par des talents venus de tout le continent, permet au cabinet d’être plus efficace sur le terrain.

« Plutôt que de proposer des analyses juridiques théoriques, nous offrons des solutions sur-mesure, indispensables pour conclure une transaction, résoudre un litige ou relever un défi commercial. Dentons est aujourd’hui plus qu’un cabinet d’avocats, puisqu’il compte des experts qui fournissent des solutions intégrées, accompagne les clients dans leurs engagements, la gestion de leur réputation, que ce soit dans les moments critiques, de bouleversements, de défis ou d’opportunités », conclut l’associé gérant.