Culture

Francophonie : premier Salon de l’industrie musicale d’Afrique à Abidjan

Le premier Sima va réunir des milliers de personnes dans la capitale économique, les 17 et 18 novembre. L’occasion de réfléchir aux tendances de l’industrie musicale sur le continent.

Mis à jour le 17 novembre 2022 à 09:29
Françoise Remark

Par Françoise Remark

Ministre de la Culture et de la Francophonie de Côte d’Ivoire.

Mamby Diomande

Par Mamby Diomande

Fondateur et commissaire général du Salon des industries musicales de l’Afrique francophone (Sima).

Clotilde Heibing

Par Clotilde Heibing

Directrice de l’Alliance nationale de l’industrie musicale canadienne (ANIM).

A’Salfo au concert-anniversaire des 20 ans de carrière du groupe Magic System, à Abidjan, le 5 août 2017. © SIA KAMBOU/AFP

La francophonie compte à ce jour 88 États et gouvernements membres ayant en commun l’usage de la langue française, des valeurs et l’ambition, clairement affichée, de faire de l’espace francophone un espace économique attrayant et fort, une communauté exemplaire et porteuse d’espoir pour les populations.

Valorisation de la culture

L’industrie musicale fait partie de ce riche patrimoine culturel, en plus d’avoir le potentiel pour se transformer en véritable manne financière. Pour la francophonie, les Industries créatives et culturelles (ICC) sont pourvoyeuses d’emplois, les femmes et les jeunes en étant les principaux bénéficiaires. Les ICC sont également de véritables leviers de valorisation de la culture dans notre espace francophone, et la structuration de cette chaîne de valeur devrait être l’une de nos priorités, tant ce secteur est dynamique, innovant et en perpétuelle mutation.

Le Salon des industries musicales de l’Afrique francophone (Sima) se tiendra du 17 au 18 novembre 2022 à Abidjan. Le choix de la Côte d’Ivoire comme pays hôte est justifié par le rôle important qu’elle joue dans l’espace francophone. Quatrième État par le nombre de locuteurs du français, la Côte d’Ivoire est considérée comme la plaque tournante de l’industrie musicale africaine.

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Des projets comme le Sima, qui favorisent l’éclosion de nouveaux talents, des échanges entre les acteurs culturels francophones et, parfois, au-delà, devraient donc être soutenus. C’est ce à quoi s’attèle le ministère de la Culture et de la Francophonie de Côte d’Ivoire, en appuyant l’organisation de cet événement. Ce département ministériel soutient inlassablement la musique ivoirienne dont l’influence sur le continent apparaît indiscutable.

Au-delà de l’industrie musicale, la culture, l’économie numérique et le tourisme font partie des trois axes prioritaires du gouvernement ivoirien, tel qu’énoncé dans le Plan national de développement 2021-2025.

Mine d’or

L’Afrique francophone a toutes les cartes en main pour faire décoller son industrie musicale : des artistes de qualité, des infrastructures honorables, un potentiel de consommateurs non négligeable, etc. À cela s’ajoute désormais la percée du numérique qui facilite plus que jamais la consommation d’œuvres musicales en ligne.

Les pays d’Afrique francophone comptent environ 400 millions de potentiels consommateurs de musique, dont 65 % ont moins de 25 ans. Cette frange de la population, on le sait, est friande de musique et apparaît de plus en plus comme une véritable force au service de l’industrie musicale, surtout qu’elle constitue la majorité des personnes connectées du continent.

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En Côte d’Ivoire, le taux de pénétration de l’internet mobile est de 82,7 % et celui de la téléphonie mobile de 166,5 % (chiffres de l’ARTCI). Ces données promettent une dynamique considérable pour l’économie musicale de ce pays, où de nombreuses plateformes locales et internationales de streaming se sont déjà installées.

Industries créatives et francophonie économique

Secteur porteur de valeurs essentielles, l’industrie musicale peut jouer un rôle socio-économique affirmé au regard de son énorme potentiel, de son impact et de la vitalité de ses acteurs. Il suffit de savoir utiliser le puissant outil qu’est le numérique pour transformer la dextérité de nos artistes en mannes financières conséquentes, d’abord pour eux-mêmes et ensuite pour l’économie de nos États.

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L’économie numérique en Afrique pourrait représenter 5,2 % du PIB du continent à l’horizon 2025, soit un peu plus de 180 milliards de dollars. Ce montant pourrait atteindre 712 milliards de dollars à l’horizon 2050. Selon une étude prospective de Dataxis publiée au mois de juin 2022, les revenus du streaming musical africain devraient tripler en cinq années, passant de 92,9 millions de dollars en 2021 à 314,6 millions de dollars en 2026. L’Afrique francophone, certes encore devancée par les pays anglophones du continent, est en passe de devenir un gros marché pour l’industrie du streaming. L’avènement de plateformes de consommation de musique en ligne dans des pays comme la Côte d’Ivoire ou le Cameroun vient à point nommé. Des géants comme Spotify, Deezer et de nouveaux acteurs comme Boomplay, apportent de la vitalité et un supplément de revenus peu négligeable.

Autant de perspectives prometteuses ne devraient pas laisser les acteurs de l’industrie musicale de l’Afrique francophone se reposer sur leurs lauriers. L’atmosphère et l’environnement sont favorables, il faut en profiter.