Politique

Affaire Boyard-Hanouna : l’Afrique comme prétexte

Largement citée dans l’actualité française, l’Afrique assiste à des débats peu reluisants pour l’Hexagone. Dernière affaire en date, l’allusion à un procès contre Bolloré au Cameroun, qui a provoqué une violente altercation médiatique…

Mis à jour le 16 novembre 2022 à 10:04
Damien Glez

Par Damien Glez

Dessinateur et éditorialiste franco-burkinabè.

© Damien Glez

Lorsqu’un milliardaire s’offre des « danseuses » médiatiques parfois vidées de leur identité originelle, le groupe issu de cette union engendre parfois des monstres embarrassants. Au fil des années, en parallèle de ses affaires africaines, le Français Vincent Bolloré a constitué un empire qui va du groupe télévisuel Canal + à la radio Europe 1, en passant par le magazine Paris Match. D’abord hétéroclite, ce vaste ensemble a été progressivement soumis à la patte traditionnaliste du tycoon breton, notamment la chaîne d’opinion continue CNews, rampe de lancement du candidat Eric Zemmour à la dernière présidentielle.

Hanouna sort de ses gonds

Chaînon manquant entre la « télé de papa » et la culture des réseaux sociaux, le talk-show Touche pas à mon poste (TPMP) ratisse un public jeune et des amateurs de débats outranciers. Dans cette centrifugeuse à chroniqueurs low-cost, le « gourou » Cyril Hanouna fait du neuf avec beaucoup de vieux et un peu d’inédit. Ces derniers mois, l’animateur offrait à un syndicaliste lycéen une notoriété qui allait l’aider à être élu, à 21 ans, député sous l’étiquette de La France insoumise de Jean-Luc Mélenchon. Mais comme le monstre du docteur Frankenstein, Louis Boyard a échappé à son créateur…

Le jeudi 10 novembre dernier, Hanouna sort de ses gonds, piégé par son goût du direct. Invité pour évoquer le sort des migrants sur le navire humanitaire Ocean Viking, le jeune élu « hacke » l’émission en évoquant les cinq Français les plus riches présumés responsables de l’appauvrissement du continent fui par lesdits migrants. Louis Boyard évoque un procès intenté, au Cameroun et par 150 personnes, à Vincent Bolloré…

Il s’en suit une altercation virulente. Du côté du député : accusations de bâillonnement de son droit à développer le sujet, évocations du rôle présumé de la chaîne C8 dans la promotion du racisme en France et cris d’orfraie en mode « La République, c’est moi ». Du côté de l’animateur : des insultes allant de « toquard » à « abruti ». Le week-end livrera son lot de récupérations aussi variées qu’indigestes, une saisie de l’organe de régulation des médias Arcom, la demande d’ouverture d’une commission d’enquête parlementaire sur l’ingérence de Bolloré dans ses médias et des annonces mutuelles de dépôt de plaintes…

Fidélité et conviction

Certes, on aurait pu se réjouir du caractère débridé d’une séquence susceptible de questionner le rôle des Occidentaux dans les drames à l’origine des migrations dénoncées par les mêmes Occidentaux. Mais ni le chahut de TPMP, ni la bronca subséquente n’ont permis de traiter le sujet. Après cinq jours de débats dans la mare du buzz, un argument se distingue des autres : celui de l’infidélité aux amis de longue date et/ou aux mains qui nourrissent. Une fidélité effroyablement placée au-dessus de la conviction, ce qui disqualifie davantage le camp « Hanouna » que le camp « Boyard ».

Sans se demander quels furent les agissements de Bolloré en Afrique, l’animateur concluait son émission de lundi en promettant de défendre « toujours » son « ami de 20 ans ». Et le Cameroun présumé appauvri dans tout ça ? Hanouna fait la sourde oreille et Boyard, même sincère, peut désormais s’en servir comme d’un nouveau marchepied…