Économie

RDC, Cameroun, Côte d’Ivoire… Glencore, corrupteur tout-terrain

Pour ses crimes économiques en Afrique, le géant des mines et du négoce vient d’être condamné à l’amende la plus lourde jamais infligée par la justice britannique. Les ennuis judiciaires du groupe suisse ne font que commencer.

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Par - à Londres
Mis à jour le 1 décembre 2022 à 18:18

Implanté dans 35 pays et particulièrement en Afrique, le groupe de 135 000 salariés va devoir s’acquitter d’une amende de plus de 1,1 milliard de dollars aux États-Unis, de 330 millions de dollars au Royaume-Uni et de 40 millions de dollars au Brésil. © Simon Dawson/Bloomberg via Getty Images

Djouba, le 9 juillet 2011. Salva Kiir s’adresse à une foule immense venue célébrer la proclamation d’indépendance du Soudan du Sud. Sous les acclamations de la capitale, le chef du nouvel État déclare : « Il est essentiel que nous luttions contre la corruption avec dévouement, rigueur et détermination. Moi président, je vous fais le serment de tout faire pour vaincre ce cancer. »

Dans les coulisses, loin des scènes de liesse, Glencore est déjà à pied d’œuvre pour s’emparer des réserves de pétrole du Soudan du Sud, qui représentent plus de 90 % du revenu intérieur du pays. Trois jours avant ce discours historique, la société anglo-suisse de courtage et d’extraction de matières premières signe avec la compagnie pétrolière nationale un accord pour créer une entreprise commune, Petronile. Incorporée aux îles Vierges britanniques – un paradis fiscal –, Petronile aura le monopole des ventes de pétrole sud-soudanais à l’international.

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Mais il y a un hic. Juste après l’indépendance, le ministre de l’Énergie et des Mines refuse d’annoncer la création de l’entreprise. Le 21 juillet 2011, une délégation de Glencore se rend donc sur place pour tenter de convaincre Salva Kiir d’entériner l’accord. Rien n’y fait. Les premiers barils sont exportés, sans passer par Petronile.

Le dernier-né des États africains n’a pas un mois, Glencore y fait déjà sa loi.

Le 2 août, un cadre de Glencore retire sous un motif fallacieux 800 000 dollars en liquide auprès des bureaux suisses de l’entreprise puis se rend à Djouba en jet privé (lire l’encadré « Les jets privés de la corruption ») avec les liasses de billets, qui serviront à corrompre des représentants du gouvernement. Quelques jours plus tard, le vent tourne : le Soudan du Sud accorde 2 millions de barils à Petronile. Le dernier-né des États africains n’a pas un mois, Glencore y fait déjà sa loi.

Les mauvaises nouvelles n'ont de cesse de s'accumuler pour Glencore, dont la réputation est désormais gravement entachée. Ici le siège du géant du négoce de matières premières à Baar, en Suisse. © Urs Flueeler/AP/SIPA

Les mauvaises nouvelles n'ont de cesse de s'accumuler pour Glencore, dont la réputation est désormais gravement entachée. Ici le siège du géant du négoce de matières premières à Baar, en Suisse. © Urs Flueeler/AP/SIPA

Soudoiement, falsification, subversion des gouvernements

Soudoiement, falsification, subversion des gouvernements… Tel a été le modus operandi de Glencore en Afrique, d’après une enquête de l’agence anticorruption britannique Serious Fraud Office (SFO) dont Jeune Afrique a pu consulter les principaux résultats.

La corruption est une infraction hautement corrosive, qui se propage comme une maladie.

Des années durant, Glencore et ses cadres ont fait parvenir des dizaines de millions de dollars à des responsables dans cinq pays du continent. Le géant du trading s’est ainsi assuré un accès privilégié aux cargaisons des pétroles les plus prisés, aux meilleurs prix et aux dates les plus opportunes. Ce faisant, la multinationale a devancé ses concurrents et s’est prémunie contre les nombreuses fluctuations du marché des hydrocarbures.

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