Société

L’instagrameur nigérian « Hushpuppi » condamné à onze ans de prison aux États-Unis

Après avoir été extradé des Émirats arabes unis, l’escroc Ramon Abbas était poursuivi par la justice américaine pour blanchiment de dizaines de millions de dollars.

Mis à jour le 12 novembre 2022 à 10:14
Damien Glez

Par Damien Glez

Dessinateur et éditorialiste franco-burkinabè.

Glez

Élevé dans un cadre modeste de Oworonshoki, au nord-est de la mégalopole nigériane Lagos, celui que l’on surnomme « Hushpuppi » va expérimenter les conditions les plus spartiates de l’American way of life. Il vient d’être condamné, à Los Angeles, à onze années de réclusion pour avoir été, selon un responsable du FBI « l’un des plus prolifiques blanchisseurs d’argent dans le monde ».

Entre les débuts rudimentaires et la chute brutale, Ramon Abbas, 40 ans, a vécu un train de vie luxueux, notamment en Malaisie et à Dubaï où il arborait près de 2,8 millions de followers sur Instagram, des Rolls Royce, des hôtels de luxe et des montres de plusieurs centaines de milliers de dollars. Les ressorts de son succès par trop bling bling reposaient notamment sur la « fraude nigériane » des « Yahoo boys » dont il est aujourd’hui l’incarnation. Brouteur audacieux, il est rapidement passé du détroussage d’occidentales esseulées à l’escroquerie à la fortune recélée, puis à toutes sortes d’arnaques à l’investissement caritatif ou sale, via de faux sites internet.

Manque de discrétion

À mesure que ses activités se sont internationalisées, Hushpuppi a franchi les frontières du Nigeria, menant une vie flamboyante. Imprudent dans sa manière d’exposer son train de vie luxueux, l’escroc prenait par contre soin de sécuriser sa fortune. Par un mariage arrangé et un pot-de-vin de 50 000 dollars, il avait obtenu la citoyenneté d’un paradis fiscal des Caraïbes : l’ancienne colonie britannique de l’île de Saint-Kitts-et-Nevis.

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En plus de son manque de discrétion, l’erreur de l’arnaqueur aura été de marcher sur les plates-bandes financières et politiques des États-Unis. Un bureau d’avocats de New York et quelques citoyens américains se trouvent dans la liste de ses nombreuses victimes, les uns ayant cru payer des taxes fédérales, tandis que d’autres étaient persuadés de financer une école au Qatar. Sur le plan politique, l’une de ses plus grosses opérations –près de 14,7 millions de dollars présumés volés, en 2019, à la Bank of Valletta de Malte– concernerait indirectement l’un des ennemis intimes de l’Oncle Sam : le régime nord-coréen déjà soupçonné de production de faux dollars et de vol de fonds sur le Net. Faux représentants de l’Autorité française des marchés financiers, les pirates complices de Ramon Abbas auraient des liens avec le pays de Kim Jong-un…

Dès lors dans le collimateur du Département de la Justice américaine, « Hushpuppi » sera expulsé des Émirats arabes unis en 2020. C’est donc en Californie que l’influenceur nigérian devrait passer ses prochaines années, bien loin des « like » et des « follow » de son compte Instagram désormais fermé. C’est peut-être d’une cellule qu’il découvrira les premiers épisodes d’une série que le rappeur 50 Cent s’apprêterait à lui consacrer…