Politique

Afrique-France : la Centrafrique retire un privilège à la diplomatie française

Simple animosité à l’égard de l’actuel ambassadeur de France en République centrafricaine ou nouvelle pierre dans le jardin de la politique française en Afrique ? Bangui a mis fin au « décanat », relique protocolaire de l’ère post-coloniale.

Mis à jour le 9 novembre 2022 à 17:42
Damien Glez

Par Damien Glez

Dessinateur et éditorialiste franco-burkinabè.

© Damien Glez

Au jeu du chamboule-tout de la foire géopolitique actuelle, les cibles françaises sont particulièrement visées dans les pays d’Afrique francophone réputés russophiles. « Symboles » et « fuites » sont les deux mamelles de cette campagne anti-politique française. Le symbole auquel vient de s’attaquer le ministère centrafricain des Affaires étrangères est le « décanat », principe qui octroie au Haut représentant de la France auprès du chef de l’État centrafricain le statut de doyen du corps diplomatique accrédité à Bangui, et ceci depuis 1960.

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C’est une lettre de Sylvie Baïpo-Témon, titulaire du maroquin centrafricain des Affaires étrangères, qui annonce la fin de ce privilège diplomatique français en République centrafricaine (RCA)

Camouflet symbolique

L’avantage confisqué n’est que symbolique, certes, mais il n’en ressemble pas moins à un camouflet. Et la diplomatie centrafricaine d’atténuer la volonté d’humiliation publique de la France en évoquant d’abord une fuite. Bien réel, le courrier n’aurait pas été « destiné à être rendu public », si l’on en croit un proche de la ministre signataire, ladite source mettant à l’index un « dysfonctionnement » imputé à un fonctionnaire centrafricain qualifié de « peu professionnel ».

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Diplomate non identifié, fuite inopinée et explications indirectes : les professionnels des relations internationales savent que les indiscrétions de ce type sont souvent cousues de fil blanc. Même si cette fuite-là, déployée en deux temps, a bien la maladresse des cafouillages. Diffusée sur les réseaux sociaux, une première version de la lettre était bourrée de fautes, avant d’être remplacée par une version amendée…

L’ambassadeur indexé

Auto-dédouanée de la diffusion publique du récent courrier, la diplomatie centrafricaine minimise également le ressentiment anti-français que trahit le document, en précisant que c’est essentiellement le comportement de Jean-Marc Grosgurin, l’actuel ambassadeur de France à Bangui, qui en est la cause. Sont particulièrement évoqués des « attitudes irrespectueuses » et un goût pour la « désinformation et la délation ».

Il est peu probable que ce jeu du « c’est celui qui dit qui l’est » se calme rapidement

L’ambassadeur se conforme pourtant aux instructions de la diplomatie française actuelle qui n’entend plus laisser passer ce qu’elle considère, elle, comme de fausses informations et des menaces, notamment celles que relaient les organisations proches du régime centrafricain. Et Son Excellence Grosgurin d’enfoncer le clou avec un tweet dénonçant, après le courrier de la ministre Baïpo-Témon, des « manipulations stériles, grotesques et mensongères »…

Que la France change ou non le locataire principal de son ambassade à Bangui, il est peu probable que ce jeu du « c’est celui qui dit qui l’est » appliqué aux vérités alternatives se calme rapidement. Après la mise à l’écart cavalière de la présidente de la Cour suprême de RCA, l’organisation probable d’un référendum sur un troisième mandat du président Faustin-Archange Touadéra ne devrait pas détendre l’atmosphère…