Politique

Les glaciers du Kilimandjaro, sommet des défis climatiques

Alors que vient de s’ouvrir la COP « africaine » de Charm el-Cheikh, un rapport des Nations unies prévoit la disparition des derniers glaciers d’Afrique d’ici à 2050.

Mis à jour le 7 novembre 2022 à 17:57
Damien Glez

Par Damien Glez

Dessinateur et éditorialiste franco-burkinabè.

© Damien Glez

« Les neiges du Kilimandjaro te feront un blanc manteau où tu pourras dormir », chantait, dans les années yéyé, un artiste français sirupeux qui n’avait sans doute jamais mis les pieds sur la montagne aux trois volcans du Nord-Est de la Tanzanie. Fantasmer les beautés du monde, c’est bien. Les préserver, c’est mieux. Car le « blanc manteau » de la chanson de Pascal Danel pourrait n’être qu’un lointain souvenir, d’ici à moins de trois décennies…

Fantasmer ou préserver

Sur la base de données satellitaires, un récent rapport de l’Unesco prédit que les glaciers d’un tiers des sites du patrimoine mondial des Nations unies auront fondu d’ici à 2050, quelles que soient les mesures prises pour lutter contre le changement climatique. Ce patrimoine mondial concerne près de 10 % de la surface glacière de la Terre, soit 18 600 glaciers situés dans quelque 50 sites touristiques importants, parmi lesquels des lieux sacrés.

À Lire Crédits carbone : droit à polluer ou levier de lutte contre le changement climatique ?

Au sein des masses de glace appelées à disparaître à un rythme inédit, sous l’effet de l’activité humaine, figurent les glaciers des Alpes françaises ou du parc américain de Yosemite, mais aussi ceux de parcs nationaux d’Afrique : Virunga en RDC, forêt naturelle du Mont Kenya, Monts Rwenzori d’Ouganda, et donc le Kilimandjaro…

Fantasmer, c’est bien. Préserver, c’est mieux. Et c’est justement tout l’enjeu de la COP27, la conférence des Nations unies sur les changements climatiques, qui vient de s’ouvrir à Charm el-Cheikh, en Égypte. Il s’agit clairement de passer des incantations des précédentes COP aux actes concrets. L’Afrique, qui accueille la rencontre, entend réclamer des financements effectifs à ceux qui lui suggèrent de renoncer à une bonne part de son industrialisation et, donc, à d’hypothétiques émissions de gaz à effets de serre susceptibles d’accélérer un réchauffement du climat planétaire dont le continent n’est pourtant guère responsable.

Défis climatiques

Les glaciers ne manqueront pas qu’aux chanteurs romantiques. Comme le souligne l’Unesco, la fonte annuelle de 58 milliards de tonnes de glace provoquera des inondations dont les populations locales seront les premières victimes. Par ailleurs, au cours des saisons sèches dans certaines régions du monde, la disparition des glaciers entraînera une pénurie d’eau douce et donc des problèmes de sécurité alimentaire.

À Lire Climat : la COP27, le sommet de la rupture ?

Pour contrer les effets évitables de cette disparition manifestement inévitable, il convient d’optimiser les systèmes d’alerte et de réduction des risques de catastrophe. Il faudra surtout contenir le réchauffement de la planète à 1,5°C pour espérer maintenir les glaciers restants dans les deux autres tiers du patrimoine mondial des Nations unies. Un objectif que ne garantissent absolument pas les mesures actuellement adoptées. Les décideurs seront-ils incapables de grimper le sommet des défis climatiques ?