Culture

Black Panther est mort, vive les panthères noires !

La franchise Marvel réussit avec succès la transmission de relais après le décès prématuré de son acteur principal, Chadwick Boseman.

Mis à jour le 8 novembre 2022 à 18:10

Après la disparition de T’Challa / Black Panther, incarné par Chadwick Boseman, décédé en 2020, sa mère, Ramonda, devient reine. © WaltDisney Production.

Lors de sa sortie en 2018, Black Panther a fait trembler le box-office mondial. Plus de 1,3 milliard de dollars de recettes en salle, un énorme carton qui avait dépassé le simple cadre cinématographique : le film adapté du comics éponyme de Marvel est devenu un phénomène de société, un objet de fierté pour les populations africaines et afro-descendantes du monde entier.

Sa résonance extraordinaire a été commentée, discutée et même parfois disputée par des intellectuels. La Panthère noire a rugi bien au-delà du Wakanda, pays africain imaginaire où l’action se déroule. Mais en 2020, un drame a frappé le casting du film : l’acteur principal, Chadwick Boseman est mort à 43 ans. Le second épisode de la franchise, Black Panther : Wakanda Forever, qui sort en France le 9 novembre, s’ouvre sur une scène où la brillante scientifique Shuri essaie désespérément de sauver T’Challa.

Son frère ne lui avait rien dit de sa maladie. De la même façon, Chadwick Boseman n’avait pas révélé son cancer du côlon lors des tournages de ses derniers films. S’ensuit un hommage très touchant au personnage, indissociable de l’homme parti trop tôt.

Course au vibranium

Shuri ne se remet pas de cette disparition et sa mère, Ramonda devient reine. Les puissances mondiales veulent profiter de cette transition du régime pour s’emparer du métal à l’origine de l’avance technologique du Wakanda : le vibranium. En tentant de le dérober dans des bases secrètes et en explorant les quatre coins de la planète pour en trouver la trace. Un navire de guerre américain détecte le précieux métal mais surgit alors Namor, le souverain de Talokan, civilisation sous-marine inconnue.

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Plus qu’un roi, le dieu serpent à plumes est vénéré par son peuple. Il se distingue par sa force, sa capacité à voler grâce à des ailes à ses chevilles et sa couleur de peau, blanche, alors que ses sujets sont bleus. Après avoir mis en déroute le bateau avec son armée, Namor se rend au Wakanda pour poser un ultimatum : livrer la scientifique qui a mis au point le détecteur de vibranium ou la guerre. La tension croît encore quand Namor veut imposer à Ramonda d’attaquer le reste du monde avant que celui-ci ne dispose un jour des moyens de les attaquer. Alliés ou ennemis, il ne lui laisse pas d’autre choix.

Esclavage et colonialisme

Namor veut protéger les siens et il a une raison personnelle pour détester les humains. Celle-ci – nous n’en dévoilerons pas les détails précis – remonte au temps des « Conquistadors » espagnols en Amérique du Sud et a aussi un rapport avec l’esclavage. La colonisation, il en est aussi plusieurs fois question à travers les piques wakandaise contre l’agent de la CIA Everett K. Ross, plusieurs fois surnommé « le colonisateur ». Ryan Coogler, réalisateur africain-américain, rappelle les pages sombres des vagues coloniales.

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La question de la réparation de ces tragédies se pose à travers la dualité Namor/Ramonda. Le souverain de Talokan, descendant d’une communauté maya du Yucatan, veut se venger des atrocités qu’il a subies et dont il a été témoin, à l’inverse de la reine du Wakanda. C’est le prolongement du conflit entre Killmonger et T’Challa, et il s’incarne aussi en Shuri. La princesse et fille s’oppose à la reine et mère, les antagonismes intimes et politiques se superposent, notamment, sur la question de la tradition, la jeune femme délaissant le culte des esprits au profit de la toute-puissante technologie. La transmission culturelle est mise en avant dans une scène finale sous la forme d’un rebondissement dont les productions Marvel ont le secret…

Femmes de pouvoir

Aussi bien au Wakanda qu’aux États-Unis, les femmes prennent nettement le pouvoir dans cette suite. Riri Williams, inventrice américaine géniale, affirme comme un symbole : « On peut être jeune, brillante et noire. »

L’« empowerment » (empouvoirement) féminin qui a tardivement gagné les films de super-héros est clairement affiché. De même, l’africanisation de l’intrigue est plus prononcée. Everett Ross, de la CIA, n’a qu’un rôle anecdotique et, cette fois, c’est une jeune femme africaine-américaine de 19 ans qui se bat aux côtés des Wakandais pour sauver le monde.

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Mais Black Panther : Wakanda Forever reste avant tout un film d’action diablement efficace, porté par une bande originale marquée par le grand retour de Rihanna, après 6 ans de silence radio. Les 2 h 41 passent à la vitesse d’un jet de lance de la générale Okoye. On se demandait si Black Panther pourrait survivre sans perte de qualité à la mort de son rôle-titre. La réponse est oui.