Économie

COP27 : et si c’était le sommet de la dernière chance ?

Il est indispensable que les nations développées changent de discours lors de la conférence des Nations unies sur le climat qui se tient actuellement à Charm el-Cheikh. Mais rien ne prouve qu’elles le feront.

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Mis à jour le 7 novembre 2022 à 15:14
Patrick Smith

Par Patrick Smith

Patrick Smith est le rédacteur en chef de The Africa Report (une publication de Jeune Afrique Media Group).

© Vincent Fournier / JA – Montage JA

Les quatre cavaliers de l’apocalypse climatique – conflits, pénuries alimentaires chroniques, phénomènes météorologiques extrêmes et maladies vectorielles – galopent à une allure de plus en plus soutenue. Au Sahel, sur le littoral de l’océan Indien et dans la Corne de l’Afrique, ils frappent déjà de plein fouet. C’est pourquoi de jeunes activistes descendent dans les rues pour exiger des mesures solides : un nouvel accord vert et les financements nécessaires à sa mise en œuvre.

Changement en profondeur

Les manifestants s’unissent également pour réclamer un changement en profondeur du système multilatéral. Cela va de la restructuration du Conseil de sécurité des Nations unies à la réforme de ses agences spécialisées, mais aussi du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale.

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Autant de faits qui rendent encore plus déroutant le manque de sérieux constaté dans la préparation de la COP27, le deuxième sommet de l’ONU sur le climat organisé en terre africaine, après celui de Marrakech en 2016. En effet, les discussions préparatoires lors de l’Assemblée générale des Nations unies n’ont attiré qu’un nombre dérisoire de décideurs de haut niveau. Dès lors, les chances de parvenir à un accord historique en Égypte sont loin d’être tangibles.

C’est l’interdépendance des menaces résultant du changement climatique – inégalités exacerbées, crises alimentaire et énergétique ou risques de nouvelles pandémies – qui justifie les appels à un changement radical.

Pour un « nouvel internationalisme »

À la tête de ce mouvement lors de l’Assemblée générale, Mia Mottley, Première ministre de la Barbade, qui prône un « nouvel internationalisme ». Ses propositions incluent également l’émission par le FMI de 650 milliards de dollars supplémentaires de droits de tirage spéciaux (DTS) pour aider à financer les projets de production d’énergie propre dans les économies en développement. Mia Mottley appelle par ailleurs à leur réallouer au moins 100 milliards de dollars des DTS émis l’année dernière par le FMI, mais aussi à aménager des canaux spéciaux de financement concessionnel pour les projets qui renforcent la résilience face au changement climatique. À ce titre, le FMI pourrait créer son propre mécanisme de « droits de tirage spéciaux environnementaux ».

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De telles propositions sont en train de gagner en popularité. En septembre, le Danemark est ainsi devenu le premier pays à proposer une compensation des « pertes et dommages» au profit des États les plus durement frappés par le changement climatique. De son côté, le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, s’efforce d’amener les pays à appliquer un impôt sur les bénéfices exceptionnels des sociétés pétro-gazières qui réalisent des méga-profits dans un contexte marqué par une crise énergétique.

« Ce n’est que justice »

Selon Kristalina Georgieva, directrice générale du FMI, appeler les nations industrialisées à aider les pays en développement à compenser des chocs exogènes tels que les pertes et préjudices induits par le climat « n’est que justice ». Reste la question essentielle : comment créer la capacité financière ?

Pour Mia Mottley comme pour nombre de dirigeants d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine, ces questions mettent en évidence la nécessité d’une réforme de fond du système international. D’ores et déjà, certains proposent d’inscrire à l’ordre du jour de la prochaine conférence de l’ONU sur le financement du développement la création d’une agence fiscale onusienne, d’un mécanisme onusien de désendettement et d’une taxe mondiale sur les transactions financières.

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Une chose semble claire : si le sommet qui se tient en Égypte n’enregistre aucune avancée en matière de financement – aussi bien pour soutenir les nouveaux projets que pour compenser les pertes passées –, la clameur appelant à opérer une mue systémique va redoubler de vigueur.