Économie

Mines : Glencore condamné à payer 321 millions d’euros pour corruption en Afrique

La société de négoce de matières premières et d’exploitation minière avait plaidé coupable de sept chefs d’accusation de corruption liés à ses opérations pétrolières sur le continent.

Mis à jour le 4 novembre 2022 à 11:02

Glencore a versé plus de 28 millions de dollars – en grande partie en espèces – en pots-de-vin au Cameroun, en Guinée équatoriale, en Côte d’Ivoire, au Nigeria et au Soudan du Sud. © Simon Dawson/Bloomberg/Getty Images via AFP.

Le géant minier Glencore Energy vient d’être condamnée à payer 280 millions de livres sterling (321 millions d’euros) d’amendes et de confiscations. La décision de confiscation, qui consiste à ordonner à un défendeur condamné de rembourser les biens obtenus de manière criminelle, s’est élevée à 93,48 millions de livres et l’amende à 182,94 millions de livres. La société de négoce de matières premières et d’exploitation minière, qui avait plaidé coupable de sept chefs d’accusation de corruption liés à ses opérations pétrolières en Afrique, a également été condamnée à payer des frais de poursuite de 4,55 millions de livres.

La condamnation fait suite aux découvertes faites le 2 novembre lors du procès de Glencore à la Southwark Crown Court, à Londres. Malgré le verdict, le paiement fait pâle figure par rapport au bénéfice du géant minier pour 2021, qui s’élève à 21,3 milliards de dollars, soit 83 % de plus qu’en 2020, en raison de la hausse des coûts du pétrole et du gaz dans le monde. Après l’annonce de ces bénéfices records, la société énergétique a versé un dividende de 4 milliards de dollars aux actionnaires.


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La semaine dernière, le même tribunal londonien a rejeté la demande d’un Nigérian qui souhaitait réclamer une compensation à Glencore pour des pots-de-vin versés à des responsables de la compagnie pétrolière nationale du Nigeria.

28 millions de dollars de pots-de-vin versés

« Les pots-de-vin faisaient clairement partie de la culture de certains membres du personnel du bureau d’Afrique de l’Ouest », a déclaré le juge Peter Fraser en prononçant la sentence à la fin d’une audience de deux jours. Ajoutant : « Les faits démontrent non seulement une criminalité soutenue, mais aussi des dispositifs sophistiqués pour la dissimuler, y compris le prélèvement d’importantes sommes d’argent liquide pour d’autres objectifs déclarés qui seraient légitimes, tels que les frais d’ouverture d’un nouveau bureau, qui était en réalité utilisé à des fins de corruption. » Pour certains des chefs d’accusation, a-t-il dit, « des actes isolés de corruption ont eu lieu en des occasions uniques » mais que « les mêmes techniques ont été utilisées mois après mois, pendant toute la période couverte par le chef d’accusation pertinent ».

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Au cours du procès, le Serious Fraud Office (SFO) britannique a montré que Glencore a versé plus de 28 millions de dollars – en grande partie en espèces – en pots-de-vin au Cameroun, en Guinée équatoriale, en Côte d’Ivoire, au Nigeria et au Soudan du Sud. Les paiements auraient été effectués entre 2011 et 2016 afin d’obtenir des contrats lucratifs ainsi qu’un accès préférentiel au pétrole, une augmentation des cargaisons, des qualités de pétrole précieuses et de meilleures dates de livraison.

Déjà une condamnation pour manipulation de marché

La condamnation intervient cinq mois seulement après que Glencore Energy a été condamné à payer 1,5 milliard de dollars pour régler des accusations de corruption et de manipulation du marché aux États-Unis, au Royaume-Uni et au Brésil, liées à ses opérations minières en RDC.

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En plaidant coupable, Glencore s’est évité un long procès, qui aurait pu exposer les personnes impliquées dans l’affaire de corruption. À l’exception d’un trader de l’entreprise – Anthony Stimler, qui a avoué l’année dernière avoir distribué des pots-de-vin au nom de la société –, les autres responsables ou les personnes qui ont bénéficié des pots-de-vin sont nommés dans les dossiers judiciaires.

« La conduite qui a eu lieu est inexcusable et n’a pas sa place chez Glencore », a déclaré son président, Kalidas Madhavpeddi, dans un communiqué. Glencore s’est « engagé à gérer une entreprise qui crée de la valeur pour toutes les parties prenantes en opérant de manière transparente selon un ensemble de valeurs bien définies, avec l’ouverture et l’intégrité au premier plan ».