Politique

Éthiopie : le gouvernement et les rebelles du Tigré signent un accord de cessation des hostilités

Le gouvernement fédéral et le TPLF se sont accordés sur un cessez-le-feu à moins de 48 heures du 2e anniversaire du conflit meurtrier qui les opposent.

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Mis à jour le 3 novembre 2022 à 08:24

Redwan Hussein (G), représentant du gouvernement éthiopien, et Getachew Reda (D), représentant du Front populaire de libération du Tigré (TPLF), signent un accord de paix entre les deux parties dans les bureaux du Département des relations internationales et de la coopération (DIRCO) à Pretoria, le 2 novembre 2022. © PHILL MAGAKOE / AFP

« Les deux parties au conflit éthiopien se sont formellement mis d’accord sur une cessation des hostilités, ainsi que sur un désarmement méthodique, ordonné, en douceur et coordonné », a annoncé le haut représentant de l’Union africaine (UA) pour la Corne de l’Afrique, l’ex-président nigérian Olusegun Obasanjo qui dirigeait la troïka de médiateurs.

Les chefs des deux délégations se sont serré la main après avoir signé cet accord qui prévoit également « un rétablissement de l’ordre public, des services (au Tigré), un accès sans entrave des fournitures humanitaires, la protection des civils, entre autres ». « Ce moment n’est pas la fin du processus de paix, mais son début. La mise en œuvre de l’accord de paix signé aujourd’hui est essentiel », a averti Obasanjo.

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Les médiateurs n’ont pas indiqué ce que prévoit le document concernant les autres acteurs du conflit, particulièrement l’armée de l’Érythrée voisine : ennemie jurée des dirigeants tigréens, elle épaule l’armée fédérale éthiopienne au Tigré qui lui est frontalier.

Les deux parties signataires « ne sont pas les deux seuls groupes ayant un rôle à jouer pour la paix en Éthiopie », a relevé l’ancienne vice-présidente sud-africaine Phumzile Mlambo-Ngcuka, membre de la troïka, demandant aux signataires de « partager cet accord » afin que « de nombreux autres y adhèrent ».

« Laisser le passé derrière eux »

Le chef de la délégation du gouvernement éthiopien, Redwan Hussein, conseiller à la Sécurité nationale du Premier ministre Abiy Ahmed, a salué « l’engagement constructif » des belligérants « pour mettre fin à cet épisode tragique ». Cet accord montre « la volonté des deux parties de laisser le passé derrière eux », a abondé Getachew Reda, qui dirige la délégation des autorités rebelles du Tigré, disant espérer que « les deux parties respectent leurs engagements ».

Troisième membre de la troïka, l’ex-président kényan Uhuru Kenyatta a averti : « Le diable se nichera dans les détails, mais nous pensons que les parties tiendront parole. Beaucoup reste à faire. La confiance doit se construire. Nous y aiderons », a-t-il assuré. Les délégations du gouvernement fédéral éthiopien et des autorités rebelles du Tigré discutaient depuis le 25 octobre à Pretoria sous l’égide de l’UA.

Deux ans de combats

Pendant les discussions, les combats ont continué au Tigré, où progressent depuis mi-octobre les forces fédérales éthiopiennes et alliées. Soutenus par des bombardements d’artillerie et aériens, elles se sont emparés récemment de plusieurs villes d’importance de la région rebelle.

Le bilan du conflit, marqué par d’innombrables exactions et qui se déroule largement à huis clos, est inconnu, mais l’International Crisis Group (ICG) et Amnesty international (AI) le décrivent comme « l’un des plus meurtriers au monde ». « Toutes les parties se sont rendues responsables de graves violations, dont des crimes de guerre et crimes contre l’humanité », a affirmé mercredi Amnesty international, citant « exécutions sommaires » et « violences sexuelles ».

Le conflit a commencé le 4 novembre 2020 quand Abiy Ahmed a envoyé l’armée fédérale arrêter les dirigeants de l’exécutif du Tigré qui contestaient son autorité depuis plusieurs mois, et qu’il accusait d’avoir attaqué une base militaire fédérale.

(avec AFP)