Politique

Liberia : l’ancien chef de guerre Kunti Kamara condamné à la prison à vie

Un verdict historique et une lourde peine : le 2 novembre, la cour d’assises de Paris a jugé Kunti Kamara coupable d’exactions et de complicité de crimes contre l’humanité pendant la première guerre civile au Liberia.

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Mis à jour le 3 novembre 2022 à 08:31

Kunti Kamara lors de son procès devant la cour d’assises de Paris. © Benoit PEYRUCQ / AFP

Après trois semaines d’un procès inédit, l’accusé de 47 ans a été reconnu coupable d’une série « d’actes de tortures et de barbarie » contre des civils en 1993-1994, dont le supplice infligé à un enseignant dont il aurait mangé le cœur, la mise à mort d’une femme qualifiée de « sorcière » et des marches forcées imposées à la population.

Kunti Kamara comparaissait à Paris au titre de la « compétence universelle » exercée, sous certaines conditions, par la France pour juger les crimes les plus graves commis hors de son sol. Ce mécanisme n’avait été utilisé que pour des faits commis au Rwanda, lors du génocide des Tutsis en 1994.

Facilitation de crimes contre l’humanité

Selon le verdict rendu après neuf heures de délibéré, cet ancien commandant du Mouvement uni de libération pour la démocratie (Ulimo) a également facilité des crimes contre l’humanité par son indifférence devant les viols répétés commis sur deux adolescentes par des soldats placés sous son autorité en 1994.

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La cour a ainsi suivi les réquisitions du ministère public qui avait réclamé à son encontre la réclusion à perpétuité, fustigeant des crimes ayant « porté atteinte à l’humanité tout entière ».

A l’énoncé de la décision, l’accusé, crâne chauve et moustache fournie, est resté impassible. Tout au long de son procès, le premier jamais consacré en France à la guerre civile libérienne, Kunti Kamara a clamé son innocence, s’estimant victime d’un « complot ». Son avocate Me Marilyne Secci avait, elle, réclamé son acquittement en s’attaquant aux « lacunes » d’un dossier bâti sur des témoignages anciens. Elle n’a pas souhaité faire de commentaires après le verdict.

Impunité

L’impunité qui règne encore au Liberia a également traversé les débats : les crimes de la guerre civile, qui avait repris de 1999 à 2003 et fait 250 000 morts, n’ont jamais été jugés par le pays où d’anciens chefs rebelles occupent aujourd’hui de hautes fonctions dans l’appareil d’État.

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Les conclusions de la commission vérité et réconciliation, qui avait recommandé en 2009 l’inculpation de huit chefs de guerre et l’interdiction pour l’ex-présidente Ellen Johnson Sirleaf d’exercer des fonctions politiques, sont restées lettre morte.

Kunti Kamara, qui avait obtenu l’asile politique aux Pays-Bas après avoir menti sur son passé, avait été interpellé dans la région parisienne en septembre 2018. Son nom avait surgi au milieu des années 2010 dans le cadre d’une procédure engagée en Suisse contre un autre cadre de l’Ulimo, Alieu Kosiah, qui a été condamné à Genève en 2021 à vingt ans de prison dans le tout premier procès des crimes de guerre libériens. Son procès en appel doit se tenir début 2023.

(Avec AFP)