Politique

Arabie saoudite-Iran : les tensions à leur comble, sur fond de sommet de la Ligue arabe

L’Arabie saoudite et les États-Unis sont en « état d’alerte élevée », soupçonnant une attaque militaire imminente de l’Iran contre la monarchie du Golfe. De son côté, Téhéran menace Riyad et annonce des sanctions contre diverses organisations américaines.

Mis à jour le 3 novembre 2022 à 13:30

Le prince héritier saoudien Mohamed Ben Salman, à Jeddah, le 16 juillet 2022. © Saudi press Agency/UPI/Shutterstock/SIPA

Alors que les délégations présentes au sommet d’Alger tentaient, les 1er et 2 novembre, d’adopter une position commune sur les différends qui opposent l’Iran à certains pays arabes – et notamment à s’entendre sur l’utilisation du terme « ingérences » et la mention directe d’Ankara et de Téhéran dans la déclaration finale –, la tension est encore montée de plusieurs crans entre Riyad et Téhéran. L’Arabie saoudite et son allié américain affirment craindre une attaque imminente de l’Iran sur le territoire saoudien, dont la cible pourrait être une infrastructure énergétique.

Les services de renseignement saoudiens sont à l’origine des signaux d’alerte, indique le Wall Street Journal, qui a révélé l’information. Plusieurs autres pays de la région auraient élevé leur niveau d’alerte.

« Nous n’hésiterons pas à agir »

« Nous restons en contact permanent avec les Saoudiens via les réseaux militaires et de renseignement », a indiqué lors d’une conférence de presse un porte-parole de la Maison-Blanche, le 2 novembre. « Nous n’hésiterons pas à agir pour défendre nos intérêts et nos partenaires dans la région », a poursuivi le représentant du Conseil national de sécurité américain.

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Rompues depuis 2016, les relations bilatérales entre l’Arabie saoudite et son rival régional semblaient pourtant se réchauffer ces derniers mois. Plusieurs cycles de discussions ont déjà été menés entre les deux puissances. Le ministre iranien des Affaires étrangères déclarait même en juillet dernier avoir l’espoir que les négociations aboutissent à « une normalisation des relations diplomatiques entre l’Arabie saoudite et la République islamique d’Iran ». Le 23 juillet, Hossein Amir Abdollahian annonçait également la tenue prochaine d’une rencontre officielle entre les deux chefs de la diplomatie, à Bagdad.

Mais cet espoir de reprise du dialogue entre les deux États a fait long feu. En octobre, Hossein Salami, commandant des Gardiens de la Révolution, a menacé l’Arabie saoudite en adressant un « avertissement » à la famille Saoud. En cause, sa proximité avec l’État hébreu : « Vous vous appuyez sur Israël qui est en train de s’effondrer, et cela signe la fin de votre règn.e »

Sanctions croisées entre les États-Unis et l’Iran

Ces tensions se reflètent également dans les relations de l’Iran avec les États-Unis, alliés de longue date de la monarchie saoudienne. Le 26 octobre, Washington a annoncé que plusieurs responsables iraniens, ainsi que des entreprises, allaient faire l’objet de nouvelles sanctions économiques en raison de la répression violente des manifestations contestant le régime.

En guise de représailles, le ministre iranien des Affaires étrangères annonçait à son tour, le 2 novembre, des mesures parallèles contre des personnes et entités américaines, au premier rang desquels le chef du commandement central de l’armée américaine (Centcom), Michael Corella, ainsi que la CIA, accusée par Téhéran d’avoir « mené des activités contre les droits de l’homme » et de « s’être ingérée dans les affaires intérieures de la République islamique d’Iran ». Les sanctions prévoient notamment l’interdiction d’entrée sur le territoire iranien, et le « gel de leurs biens et avoirs » dans le pays.