Économie

Marlène Schiappa : « L’économie sociale et solidaire a besoin de l’Afrique pour changer d’échelle »

La secrétaire d’État française chargée de l’Économie sociale et solidaire et de la Vie associative exhorte les pays africains à adhérer au projet de résolution sur l’ESS qu’elle soutiendra en décembre aux Nations unies, en raison de son potentiel et de sa pertinence pour le continent.

Mis à jour le 4 novembre 2022 à 17:00
Marlène Schiappa

Par Marlène Schiappa

Secrétaire d’État française chargée de l’Economie sociale et solidaire et de la Vie associative.

L’ESS s’attache à préserver le lien humain avant le profit, notamment grâce au réinvestissement des bénéfices et par une gouvernance démocratique. © Sylvain Cherkaoui pour JA.

L’économie sociale et solidaire (ESS) en Afrique et aux quatre coins de la planète, c’est la promesse d’un développement local plus durable et inclusif, de la création et de la promotion d’un travail décent pour tous. Éducation et insertion économique, santé et accès à la protection sociale, agriculture, épuisement des ressources, augmentation du coût des matières premières… : l’ESS dispose d’un énorme potentiel pour répondre aux défis auxquels nous sommes confrontés.

L’humain avant le profit

En tant que secrétaire d’État chargée de l’Économie sociale et solidaire et de la Vie associative, au-delà d’être une vision de l’économie, c’est une vision globale de la société et de l’humanité que je souhaite porter à l’international. L’ESS s’attache à préserver le lien humain avant le profit, notamment grâce au réinvestissement des bénéfices et par une gouvernance démocratique. Elle est également porteuse de solutions à ce que devront être nos modèles de production et de consommation de demain : plus sobres, plus écologiques et plus justes socialement.

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En cela, c’est un modèle collectif et durable qui, depuis plusieurs mois, connait une plus grande visibilité et une plus grande reconnaissance à l’international, grâce au plan d’action en faveur de l’ESS adopté par la Commission européenne ; à la recommandation de l’OCDE sur l’économie sociale et solidaire et l’innovation sociale ; et à la résolution de l’Organisation internationale du travail (OIT) concernant le travail décent et l’ESS. Et nous nous en réjouissons.

Momentum favorable

La France a été motrice depuis tant d’années sur l’ESS, au sein de ses frontières et dans le monde entier, et nous continuerons à œuvrer en ce sens. Ce momentum européen et international favorable, nous le soutiendrons de toutes nos forces. Je me suis en effet engagée à mettre en place une diplomatie de l’ESS, en veillant à ce que la France pèse de toute son influence dans les instances européennes et internationales, pour soutenir la diffusion des principes de gouvernance démocratique, de recherche d’impact social, solidaire et durable.

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Nous nous appuierons sur l’ensemble des acteurs (États, société civile, entreprises, banques de développement…) pour renforcer l’alliance Pact for Impact que la France a créée en 2019 et que je souhaite et compte faire vivre par la suite ; financer davantage les acteurs et les entreprises de l’ESS à l’international, et en particulier dans les pays du Sud ; enfin, œuvrer pour l’adoption du projet de résolution par l’Assemblée générale des Nations unies, que nous appelons tant de nos vœux !

Promotion universelle

Ainsi, cette résolution offrirait l’occasion d’apporter une définition consensuelle et internationalement reconnue de l’ESS et ainsi de favoriser sa promotion universelle. L’Assemblée générale s’appuiera a priori sur les travaux de l’alliance Pact for Impact, qui a beaucoup œuvré ces derniers temps – et je m’en réjouis. Une telle résolution ouvrirait la voie à des politiques adaptées des États membres en faveur de l’ESS. En Afrique, elle encouragera le développement d’un environnement favorable, qui inclut les questions d’accès aux financements, l’accès aux compétences, l’éducation, le soutien aux entreprises du secteur et la visibilité plus générale de cette économie. Par son caractère coopératif, l’ESS invite aux initiatives transfrontalières. Une résolution aux Nations Unies encouragera des projets communs entre groupes d’associations ou de coopératives de différents pays.

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Dirigeants et dirigeantes d’entreprises et d’organisations de l’ESS, associations, gouvernements… Je sais pouvoir compter sur nombre d’entre vous, tels que le Sénégal, le Cameroun, l’Espagne, le Chili… Et bien d’autres. Cependant, nous ne pouvons pas nous contenter d’un portage européen et sud-américain, nous devons veiller ensemble à ce que tout le monde soit à bord !

Je vous lance un appel : aidez-nous ! Rejoignez-nous !  Je viendrai à votre rencontre dans les mois à venir, afin de recueillir vos propositions et ainsi enrichir le projet de résolution. Et je vous donne rendez-vous au mois de décembre à New York pour porter ensemble haut et fort cette résolution. Ensemble, œuvrons pour que l’ESS change d’échelle et que nos réussites et nos efforts inspirent demain. Ensemble, poursuivons nos investissements pour avancer : toutes les bonnes volontés, tous les courages sont nécessaires pour y arriver.