Politique

Est de la RDC : les combats avec le M23 s’étendent dans le Nord-Kivu

Les affrontements entre les forces armées congolaises et le mouvement rebelle, qui ont repris le 20 octobre au nord de Goma, se sont intensifiés le 27 octobre à proximité d’un axe stratégique de cette partie du pays.

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Mis à jour le 28 octobre 2022 à 12:31

Dans le territoire de Rutshuru, au Nord-Kivu, des réfugiés congolais fuient les combats entre les rebelles du M23 et les forces armées de RDC. © Augustin Wamenya / Anadolu Agency / Anadolu Agency via AFP.

De violents combats ont opposé, ce jeudi 27 octobre, les forces armées congolaises aux rebelles du M23, qui ont repris les armes à la fin de 2021. Les affrontements ont eu lieu non loin de la route nationale 2, un axe stratégique reliant Goma, chef-lieu du Nord-Kivu, aux autres villes de l’est du pays et à l’Ouganda, a-t-on appris de sources locales.

Après plusieurs semaines d’accalmie, les affrontements ont repris le 20 octobre dans le territoire de Rutshuru, à une cinquantaine de km au nord de Goma, provoquant de nouveaux déplacements de populations.

Après Bunagna, Ntamugenga

« Il y a des affrontements sur la RN2, la route est coupée à Kako et Kalengera », a confirmé à la mi-journée un responsable local, Justin Komayombi. Selon des témoignages, des habitants paniqués des deux villages et d’autres localités voisines, dont Nyesisi, ont pris la fuite. Le matin, « nous avions entendu des coups de feu vers les collines. Après, nous avons fui lorsque la situation s’est aggravée », a ajouté Aimé Nsambimana, un cultivateur de Nyesisi, rencontré dans un camp de déplacés dans le territoire de Nyiragongo, situé plus au sud. « Les M23 ont tiré beaucoup de balles dans notre village, voilà pourquoi nous avons été obligés de fuir pour sauver notre vie », a également expliqué Anita Sikuzote, une mère de six enfants.

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« Le M23 est à l’offensive » depuis le mercredi 26 au soir, occupant notamment jeudi la RN2 à Rubare, Kalengera, Kako, et continuant d’attaquer des positions de l’armée, a écrit sur Twitter le Baromètre sécuritaire du Kivu (KST), qui dispose d’experts dans la région. Le M23 s’était emparé le 23 octobre du village de Ntamugenga, à environ 4 km à l’est de la RN2, quatre mois après avoir pris celle de Bunagana, dans la nuit du 12 au 13 juin.

Aucun bilan global de ces nouveaux affrontements n’est pour l’instant disponible, mais des habitants faisaient état dès dimanche d’au moins dix morts et de dizaines de blessés. Jeudi, Farhan Haq, le porte-parole adjoint du secrétaire général de l’ONU, a toutefois affirmé que la Monusco avait signalé « qu’au moins 9 civils avaient été tués [la veille] ». Le bureau de coordination des affaires humanitaires de l’ONU (Ocha) en RDC estimait de son côté qu’au 25 octobre, environ 34 500 personnes étaient « nouvellement déplacées dans le territoire de Rutshuru ».

Les États-Unis évoquent un soutien du Rwanda au M23

Sur le front diplomatique, le porte-parole du gouvernement congolais, Patrick Muyaya, s’est félicité ce jeudi de déclarations faites devant l’ONU d’un ambassadeur américain, Robert Wood, qui a évoqué un soutien du Rwanda au M23. Lors d’une réunion sur la région des Grands lacs, Robert Wood a en effet déclaré que les attaques attribuées aux nombreux groupes armés sévissant dans l’est de la RDC avaient « tué plus de 2 000 civils cette année ». « Les États-Unis exigent des groupes armés qu’ils mettent fin à leurs attaques, a-t-il ajouté. Nous appelons également les acteurs étatiques à cesser de soutenir ces groupes, notamment l’aide apportée par les Forces de défense rwandaises au M23 ».

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« Nous saluons la position claire du gouvernement américain contre le soutien que le Rwanda apporte au M23. Les autres pays devraient [lui] emboîter le pas », a réagi Patrick Muyaya sur Twitter. Depuis des mois, Kinshasa accuse Kigali de soutenir le M23, ce que le Rwanda continue de nier.

(avec AFP)