Télécoms

Élisabeth Medou Badang, une Camerounaise à la tête d’une des plus importantes filiales d’Orange en Afrique

Élisabeth Medou Badang. Ses anciens collaborateurs la disent exigeante et persuasive. © Orange

C'est une première pour la filiale locale d'Orange : depuis le 2 décembre, l'opérateur est dirigé par une personnalité non européenne. Forte de ses succès à la tête de l'antenne botswanaise du groupe français, Élisabeth Medou Badang avait le profil idéal.

Pour ses 50 ans, le 7 décembre, elle avait envisagé de s’offrir un séjour de méditation et de développement personnel en Inde. Raté. Installée dans ses fonctions cinq jours plus tôt, Élisabeth Medou Badang, première personnalité non européenne et première femme à prendre les rênes d’Orange Cameroun, devra attendre. L’urgence, désormais, pour cette grande figure des télécoms en Afrique, c’est de redécouvrir une entreprise dont elle a été la directrice générale adjointe pendant dix ans avant de prendre, en janvier 2010, la direction de la filiale botswanaise du groupe français.

Première mission : préparer Orange Cameroun à affronter un marché de plus en plus concurrentiel avec l’entrée en lice, dès 2014, du vietnamien Viettel. Le troisième opérateur de téléphonie mobile du pays débarquera avec un avantage sérieux : l’exclusivité de la licence 3G. Élisabeth Medou Badang devra limiter l’impact de cette arrivée en misant sur le développement du mobile data, c’est-à-dire l’accès à internet sur les smartphones. Elle entend donc développer des produits de substitution à la 3G, notamment grâce au Wimax, une technologie permettant la connexion sans fil à l’internet haut débit.

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déterminée

Réticente à dévoiler toute sa stratégie, Élisabeth Medou Badang n’en dira pas beaucoup plus sur le sujet. Mais elle se dit déterminée à gagner le triple pari de l’innovation, de la qualité et des tarifs. De nombreux services devraient être proposés dans des domaines comme l’e-santé ou l’e-agriculture. Disputer à son concurrent MTN (plus de 5 millions d’abonnés) la place de leader sur le marché camerounais ? Elle assure ne pas en faire une obsession : « Ce qui importe, explique-t-elle, c’est de développer un marché qui en a bien besoin, le taux de pénétration étant encore faible. »

Et elle croit pouvoir y parvenir. Comme pour le prouver, elle revient volontiers sur son expérience botswanaise. Une expérience que Claire Paponneau, directrice des opérations d’Orange en Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale, juge largement concluante. Lorsqu’elle s’installe à Gaborone, en 2010, Élisabeth Medou Badang passe de l’environnement télécoms émergent du Cameroun à un marché mature (150 % de taux de pénétration, soit 1,5 fois plus de cartes SIM que d’habitants), proche des marchés occidentaux, dont il faut néanmoins développer l’activité. On lui doit nombre de services innovants tels qu’Orange Money Visa Debit Card, une carte Visa qui permet aux abonnés de l’opérateur de payer leurs achats mais aussi d’effectuer des retraits dans des guichets automatiques. Résultat : elle augmente de façon significative la couverture 2G et permet à 50 % de la population d’accéder à la 3G.

Courtisans

Cette mère de deux enfants est, selon plusieurs de ses anciens collaborateurs, exigeante mais délègue aisément, donnant aux uns et aux autres la possibilité de s’exprimer. On lui prête aussi une grande force de persuasion et d’émulation. Originaire de Mfoulassi, près de Sangmélima (dans le sud du pays), elle connaît parfaitement le Cameroun pour en avoir pratiquement fait le tour grâce à un père médecin et planteur. Dans sa famille, une importante fratrie de 21 enfants, elle est connue pour sa rigueur – voire une certaine rigidité – qui annihile chez ses proches toute envie de solliciter des faveurs. « Vous n’assisterez jamais à des défilés de courtisans dans ses bureaux », soutient Henri Medou, son jeune frère. Il estime qu’elle doit ce trait de caractère à l’éducation stricte de leur père, formé en Allemagne, qui inscrivait invariablement dans le planning de vacances de ses enfants un petit stage dans ses plantations de bananiers et de cacaoyers de Dimako ou à Bertoua, dans l’est du pays. « Nous devions être capables de tout faire. »

Dans sa famille, une importante fratrie de 21 enfants, elle est connue pour sa rigueur

Elle qui participe depuis les premières heures à l’aventure d’Orange au Cameroun est pourtant arrivée dans l’entreprise un peu par hasard… À la fin des années 1990, en tant que directrice déléguée de Proparco, filiale de l’Agence française de développement (AFD) spécialisée dans le financement du secteur privé, elle gère un portefeuille d’actifs dans les domaines pharmaceutique, agroalimentaire et de l’assurance. Sa mission, conseiller les actionnaires sur la manière d’optimiser la rentabilité des capitaux investis, ne la satisfait pas pleinement. « J’avais un réel besoin d’opérationnel », confie-t-elle. En feuilletant un journal, elle découvre qu’un opérateur de télécoms prêt à s’installer au Cameroun recherche un directeur administratif et financier. Elle envoie sa candidature.

La suite, on la connaît. Lorsqu’elle est recrutée, en 1999, la téléphonie mobile en est encore à ses balbutiements en Afrique. Élisabeth Medou Badang a été le témoin des principaux moments fondateurs, comme le premier appel via un téléphone portable. Elle se souvient notamment que le Cameroun était alors l’un des rares pays du continent à disposer de la téléphonie mobile, avec quelque 5 000 clients et une couverture rudimentaire. Elle se rappelle également le lancement du prépayé, six mois après son arrivée dans l’entreprise ; le passage de Mobilis à Orange ; et l’amélioration de la couverture du pays, au fur et à mesure de l’extension du réseau…

Si le genre et l’origine d’Élisabeth Medou Badang ont pu constituer un atout dans un groupe qui s’est engagé à favoriser l’accession des femmes à des postes de responsabilités et à promouvoir des talents africains, ce sont bien ses compétences et son expérience qui justifient sa nomination, tient à préciser Claire Paponneau. « Orange Cameroun est l’une des plus grosses filiales africaines du groupe. Nous faisons donc particulièrement attention à la qualité des personnes que nous recrutons », indique-t-elle.

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