Société

Sur TikTok, des bébés « tchatcho » en Côte d’Ivoire

Les réseaux sociaux se déchirent depuis qu’une influenceuse ivoirienne a vanté les mérites d’une crème éclaircissante qu’elle entendait appliquer sur la peau de son propre enfant.

Mis à jour le 25 octobre 2022 à 14:54
Damien Glez

Par Damien Glez

Dessinateur et éditorialiste franco-burkinabè.

© Damien Glez

Dermatophytes, gale, folliculites, vergetures, acné, cancer de la peau, diabète, champignons, hypertension artérielle, troubles des règles, insuffisance rénale et infections diverses : les effets secondaires de la dépigmentation sauvage ont été dressés à longueur de colonnes de journaux et de posts internet. Pourtant, aussi effrayants soient-ils, les risques encourus ne semblent pas décourager totalement les partisans du « khessal », en particulier les moins argentés, qui n’ont accès qu’aux produits aux compositions les plus hasardeuses, incluant parfois de l’eau de javel.

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Si la répétition est éducative, les réseaux sociaux se lassent vite des discours moralisateurs. Sur la question du « tchatcho » (blanchissement de la peau), ils ne bouillonnent que lorsque l’actualité introduit une dimension supplémentaire au débat : la notoriété, par exemple quand l’autoproclamée star congolaise Grace Mbizi déclare, en mai dernier, qu’elle ne « peut pas être noire », ou la politique, quand la députée camerounaise Nourane Foster fait la promotion, en août, de boissons éclaircissantes. En ce mois d’octobre, c’est une tiktokeuse ivoirienne qui ajoute un grain de sel relativement inédit à la polémique épisodique : l’influenceuse vante un lait blanchissant de massage pour bébés âgés de 1 à 10 mois…

La question de la législation

Ce n’est guère nouveau : des mères en quête de peau diaphane ont toujours embarqué leur progéniture dans leur fantasme. Mais, cette fois, la vidéo virale ne se contente pas d’évocations en filigrane. Au mépris du droit à l’image, l’influenceuse exhibe sa fille de quelques mois à peine en vantant une pommade jaunâtre qu’elle affirme différente de celle, rosée, destinée à blanchir la peau des adultes. Proclamant son amour pour son bébé, elle s’insurge que des internautes parlent de maltraitance.

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Abondamment commentée par des internautes plus ou moins hypocrites – le marché reste florissant –, la vidéo polémique pose la question de la régulation des réseaux sociaux en matière de contenus et d’usage commercial, lorsque des personnes dont la notoriété et le présumé charisme en sont les seules homologations. Certains pays ont commencé à faire le ménage parmi les influenceurs, eux qui échappent assez largement aux critères de gestion des secteurs commerciaux patentés.

Au-delà de la nécessité de mener des campagnes de sensibilisation sur la dangerosité de la dépigmentation, la vidéo de la maman tiktokeuse pose également la question de la législation et de l’application des lois. Les produits pour blanchir la peau sont interdits en Côte d’Ivoire depuis 2015. La tiktokeuse devra-elle répondre des actions de promotion auxquelles sa descendance participe bien malgré elle ?