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Guinée : Mamadi Doumbouya accepte d’avancer le retour des civils au pouvoir

Menacées de nouvelles sanctions imminentes, les autorités guinéennes ont accepté de rendre le pouvoir aux civils au bout de deux ans, renonçant à diriger le pays pendant trois années.

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Mis à jour le 9 novembre 2022 à 10:46

Mamadi Doumbouya se rend au Conseil des ministres, à Conakry, le 15 septembre 2022. © Présidence de la République de Guinée

« Dans un compromis dynamique, les experts de la Cedeao et de la Guinée ont conjointement développé un chronogramme consolidé de la transition étalé sur 24 mois », indique un document de l’organisation ouest-africaine transmis vendredi 21 octobre à l’AFP et publié sur les réseaux sociaux par les autorités guinéennes.

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Le président de la transition Mamadi Doumbouya a ensuite précisé que ce calendrier prendra effet à compter du 1er janvier 2023, au cours de la cérémonie de clôture de la mission technique de la Cedeao dépêchée à Conakry cette semaine.

Sommet de la Cedeao avant la fin de l’année

Ce calendrier devrait être présenté au prochain sommet de la Cedeao « pour son approbation, afin de déclencher sa mise en œuvre », dit le document de l’organisation régionale. Un sommet ordinaire de la Cedeao est programmé avant la fin de l’année.

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Après le coup d’État du 5 septembre 2021 qui avait renversé Alpha Condé, le colonel Mamadi Doumbouya s’était fait investir président, s’engageant à céder la place à des civils après des élections. La junte avait jusqu’alors affirmé son intention de gouverner pendant trois ans, le temps pour elle d’organiser des élections crédibles et de mener à bien d’importantes réformes nécessaires à ce qu’elle appelle une « refondation » de l’État guinéen.

La Cedeao a dit un tel délai inacceptable. Le 22 septembre, les dirigeants des États membres, réunis en sommet à New York sans la Guinée, avaient donné un mois aux autorités pour présenter un calendrier « raisonnable et acceptable », faute de quoi des « sanctions plus sévères » que celles déjà imposées seraient appliquées.

Sanctions

Les ponts n’ont cependant jamais été rompus et les autorités guinéennes ont répété être prêtes à coopérer avec la Cedeao, qui a dépêché cette semaine une mission à Conakry pour élaborer un échéancier de compromis. Le Premier ministre Bernard Goumou avait déclaré jeudi que les autorités n’étaient « pas figées » sur les trois ans.

Différents responsables ouest-africains avaient signalé qu’une période de deux ans serait acceptable. C’est sur une durée similaire que la Cedeao et les militaires au pouvoir au Mali avaient fini par s’entendre, après des mois de bras de fer et de sévères mesures de rétorsion régionales.

La Cedeao a déjà suspendu la Guinée de ses instances. Le 22 septembre, elle a suspendu toute assistance et transaction financière avec Conakry et annoncé contre un certain nombre de personnalités le gel de leurs avoirs financiers et une interdiction de voyager dans l’espace Cedeao.

Quatre morts

Le compromis trouvé à Conakry l’a été dans un climat de grandes tensions entre la junte et l’opposition. Au moins quatre civils ont été tués jeudi et vendredi lors de manifestations contre les autorités, à l’appel d’un collectif citoyen qui réclame un retour rapide des civils au pouvoir et la libération de tous les prisonniers détenus selon lui pour des raisons politiques.

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L’opposition accuse la junte de confisquer le pouvoir et de faire taire toute voix discordante. Les grands partis refusent le dialogue avec les autorités sur le contenu de la période dite de transition dans les conditions fixées par Mamadi Doumbouya. Ils demandent que le dialogue ait lieu sous arbitrage de la Cedeao. Celle-ci a affirmé sa volonté d’associer toutes les parties pour une « mise en oeuvre inclusive du chronogramme de la transition ».

(Avec AFP)