Politique

Algérie : la France prête à restituer deux crânes de résistants algériens

Les deux derniers crânes de résistants algériens datant de la conquête française au XIXe siècle – vingt-quatre ont déjà été remis en 2020 – sont prêts à être restitués par l’ex-puissance coloniale.

Mis à jour le 21 octobre 2022 à 17:47

Inhumation des 24 crânes déjà restitués par la France, le 5 juillet 2020, au cimetière d’El-Alia, dans la banlieue Est d’Alger. © Billal Bensalem/NurPhoto via AFP

On pensait l’affaire réglée depuis que, le 3 juillet 2020, Paris avait très officiellement restitué à l’Algérie 24 crânes entreposés au Musée de l’Homme de Paris et datant de la conquête française, au XIXe siècle. Il s’agissait alors de la concrétisation d’une promesse formulée en décembre 2017 par le président français Emmanuel Macron en réponse à « une demande plusieurs fois réitérée par les pouvoirs publics algériens ». La promesse avait donné lieu à un long travail d’enquête entrepris à partir de 2018 par une commission mixte d’experts algériens et français, puis abouti à la remise des crânes aux autorités d’Alger.

Voici pourtant que l’affaire rebondit. Dans les colonnes du New York Times, d’abord. Le 17 octobre, le quotidien américain révélait que, parmi les 24 restes humains rendus, seuls 6 pouvaient être considérés avec certitude comme étant ceux de résistants algériens morts – et décapités – lors de la colonisation.

Aujourd’hui, selon des informations obtenues par Jeune Afrique auprès du Musée de l’Homme, il s’avère que ce sont 26 crânes, et non 24, qui devaient initialement être restitués. Deux d’entre eux ne l’ont finalement pas été en 2020, lors de la cérémonie officielle organisée à l’occasion du 58e anniversaire de l’indépendance de l’Algérie.

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Ces deux crânes ne pouvaient pas être restitués dans la mesure où ils ne faisaient pas partie de la collection nationale conservée au Musée de l’Homme de Paris, mais appartenaient à la Société d’anthropologie de Paris (SAP), une structure d’utilité publique fondée en 1859 par un groupe de scientifiques mené par le médecin et anthropologue Paul Broca. Afin de permettre la récupération de ces deux crânes, le Musée de l’Homme a donc introduit, début 2021, une demande d’abandon de priorité auprès de cette société, démarche permettant d’inclure ces deux restes mortuaires dans la collection restituée à l’Algérie.

Un report inexpliqué

En avril 2021, la SAP a officiellement abandonné la propriété des deux crânes au profit du Musée de l’Homme, ajoute une source auprès de cet organisme. Une information révélée en octobre 2021 par Le Monde, selon lequel les deux crânes devaient être remis aux Algériens lors d’une cérémonie fixée au 28 juin 2021, en présence du directeur Afrique du Nord du Quai d’Orsay et du ministère de la Culture, des membres de l’ambassade d’Algérie, dont l’attaché de défense et le ministre conseiller. « Mais contre toute attente, les Algériens ne sont pas venus les récupérer », écrivait Le Monde. Notre source au Musée nous a confirmé que la veille de la cérémonie, l’ambassade d’Algérie a demandé un report sans fournir d’explications. Depuis, les deux crânes sont entreposés au Musée en attendant que les autorités algériennes viennent les récupérer. Pourquoi ce délai ? Contactée par Jeune Afrique, l’ambassade d’Algérie n’a pour l’heure pas répondu à nos sollicitations.

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Par ailleurs, la liste des restes humains devant encore être restitués n’est sans doute pas close. Les premières investigations entreprises au Musée de l’Homme avaient en effet permis de répertorier 44 crânes d’Algériens probablement morts dans le courant du XIXe siècle. Plus tard, des recherches plus minutieuses ont permis d’établir avec certitude que 26 de ces crânes dataient bien de cette période et pouvaient donc êtres rendus, précise notre source au sein du Musée. Qui poursuit : « Il est peu probable que les 18 autres crânes soient susceptibles d’être identifiés. À ce stade, il est difficile d’aller plus loin dans le travail d’identification. »

Quant aux 24 restes humains effectivement rendus, ils ont été inhumés, le dimanche 5 juillet 2020, lors d’une cérémonie officielle au carré des martyrs du cimetière d’El-Alia, à Alger, où reposent les héros qui ont combattu la colonisation française en Algérie.