Politique

Algérie : dans les coulisses des préparatifs du sommet de la Ligue arabe

À deux semaines du sommet de la Ligue arabe organisé à Alger les 1er et 2 novembre, les préparatifs battent leur plein afin que rien ne soit laissé au hasard. Si elle n’est toujours pas officiellement annoncée, la présence du roi du Maroc Mohammed VI reste d’actualité et a été confirmée aujourd’hui à Alger par des sources du Golfe.

Mis à jour le 18 octobre 2022 à 17:48

Le chef de la diplomatie algérienne Ramtane Lamamra remettant au président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas une invitation au sommet de la Ligue arabe, au Caire, le 5 septembre 2022. © Thaer GHANAIM/AFP

Les hommes d’affaires et les touristes fortunés qui souhaitent séjourner dans un hôtel de standing à Alger ce mois d’octobre et début novembre vont devoir revoir leurs plans. Depuis quelques jours, tout ce que la capitale compte d’établissements hôteliers de luxe a été réquisitionné par les autorités en prévision du 31e sommet de la Ligue arabe, qui se déroulera à Alger les 1e et 2 novembre prochain. Sheraton, El Aurassi, El Djazaïr (Ex-Saint George), Sofitel ou encore Marriott, construit près du nouvel aéroport international… Tous les grands hôtels sont mobilisés pour accueillir les chefs d’État et monarques, ainsi que leurs délégations pléthoriques. La résidence d’État de Zéralda, sur le littoral ouest d’Alger, et ses quatre villas, ainsi que d’autres résidences seront également mises à la disposition des hôtes de l’Algérie.

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Si le dernier sommet de la Ligue arabe accueilli par le pays, en mars 2005, s’était tenu au Palais des Nations, au Club des Pins, celui de novembre aura lieu au Centre international des conférences (CIC) Abdelatif Rahal, toujours dans la station balnéaire distante de 25 km d’Alger. Cet imposant complexe, baptisé du nom d’un conseiller diplomatique du président Bouteflika, a été construit par une entreprise chinoise pour un montant global de 688 millions de dollars.

Task Force de choc

C’est dans ce joyau, qui compte une salle de conférence de 705 places, qu’une Task Force composée notamment de cadres de la présidence de la République, du ministère des Affaires étrangères et des services de sécurité et de renseignements a pris ses quartiers pour les préparatifs liés à l’organisation du sommet. « Toutes les équipes qui travaillent sur la tenue et la réussite de ce sommet ont fait un excellent boulot, confie un des membres de cette cellule. Le secrétaire général de la Ligue arabe n’a pas manqué d’ailleurs de louer les conditions d’organisation et les moyens mis pour ce 31e sommet. »

Le défi est d’autant plus grand que ces équipes manquent d’expertise et d’expérience dans l’organisation des grands événements internationaux. Les anciens diplomates, hauts cadres à la présidence et dans les autres ministères, ainsi que les membres des services de protocole et de sécurité qui avaient officié lors des grands évènements internationaux organisés en Algérie au cours des deux dernières décennies ont pris leur retraite, ont été limogés ou remerciés après la chute du régime de Bouteflika en avril 2019. Au lendemain de son arrivée à El Mouradia, sur les hauteurs d’Alger, en décembre 2019, le président Abdelmadjid Tebboune confiait que ce Palais était une coquille vide.

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À moins de dix jours du début du sommet, plusieurs chefs d’État et monarques ont déjà confirmé leur participation. Un grand mystère entoure la venue du roi du Maroc, Mohammed VI, auquel une invitation officielle a été remise à Rabat, mardi 27 septembre, par le ministre algérien de la Justice. Pour l’anecdote, l’avion de ce dernier, qui avait décollé de l’aéroport militaire de Boufarik, est aussitôt reparti de Rabat après une brève entrevue avec Nasser Bourita, chef de la diplomatie marocaine. « Le ministère algérien ne s’est pas rendu à l’hôtel, où une suite lui avait été réservée, glisse une source marocaine. Il n’est même pas resté prendre un verre d’eau ou un café. »

La dernière venue de M6 remonte à 2005

Annoncée le 12 septembre par Jeune Afrique, la présence du roi du Maroc au sommet reste, selon nos dernières informations, recueillies ce mardi 18 octobre, toujours d’actualité. Des sources dans le Golfe ont confirmé aujourd’hui même aux autorités algériennes le venue du souverain, qui devrait être accompagné de son fils Moulay Hassan. La dernière visite de Mohammed VI en Algérie remonte à mars 2005, déjà dans le cadre d’un sommet de la Ligue arabe. Dans le contexte actuel de tensions entre les deux pays, qui n’entretiennent plus de relations diplomatiques depuis août 2021, la présence du roi serait évidemment un événement.

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« Tous les préparatifs sont achevés, et le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a tenu à envoyer des lettres personnalisées à chaque dirigeant, car il souhaite que cette rencontre soit unificatrice, indiquait de son côté, lundi 17 octobre, le chef de la diplomatie algérienne Ramtane Lamamra. La présence de tous est indispensable afin de prendre des décisions nécessaires pour relancer la coopération entre les pays arabes. »

Des équipes d’éclaireurs

Début octobre, des équipes d’éclaireurs de chaque pays participant ont séjourné à Alger pour effectuer des visites et des repérages au CIC, dans les hôtels et les lieux d’hébergement prévus pour les délégations. D’autres groupes sont attendus prochainement pour étudier le choix des lieux de résidence et aborder diverses questions de logistique.

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L’État algérien met à la disposition des chefs d’État et des monarques des véhicules blindés pour assurer leurs déplacements, ainsi que des services de protection rapprochée. « Souvent, les dirigeants arabes viennent avec leur propre personnel : gardes du corps, médecins, kinés, ou encore cuisiniers, raconte un ancien diplomate. Tous les frais liés au séjour des dirigeants et d’une partie de leur délégation sont pris en charge par l’Algérie. Le reste des frais du personnel accompagnant est assuré par le pays participant. »

Côté présence médiatique, les autorités algériennes s’attendent à une participation pléthorique. Selon des sources à Alger, quelque 500 journalistes étrangers sont attendus pour la couverture de ce sommet qui sera l’événement politique international le plus important depuis l’entrée en fonction du président Tebboune. En revanche, les deux jours de sommet devraient être un véritable cauchemar pour les automobilistes de la capitale, déjà congestionnée par des embouteillages monstres matin et soir.