Économie

Crédits carbone : droit à polluer ou levier de lutte contre le changement climatique ?

Les avis divergent sur les crédits carbone, qui seront au cœur des discussions de la COP27 qui s’ouvre à Charm el-Cheikh le 6 novembre.

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Mis à jour le 28 octobre 2022 à 10:26

© MONTAGE JA : ADOBESTOCK

Le 7 octobre, le Gabon obtenait la certification par l’ONU de 187 millions de crédits carbone, l’une des plus importantes à l’échelle mondiale. Au Kenya, une Bourse spécifique à ce marché est sur le point de voir le jour. Sur le continent, les projets pullulent. L’utilisation de cet instrument stratégique de tarification du carbone, plus communément appelé « compensation », sera au cœur des discussions de la COP27.

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Sur le papier, les crédits carbone sont un puissant levier de lutte contre le changement climatique qui incite à financer des projets « verts » ou à rémunérer les comportements vertueux, à l’instar de la préservation des puits de carbone tels que le bassin du Congo. En théorie, ce marché pourrait permettre de réduire de plus de la moitié le coût de la mise en œuvre des contributions déterminées au niveau national (CDN) définies par l’accord de Paris de 2015.

Pensée magique

La réalité est plus nuancée. Créé en 1997, le mécanisme réglementaire – au sein duquel l’Afrique ne représente que 3 % des crédits émis – est à l’arrêt depuis décembre 2020. Et sa nouvelle mouture fait encore l’objet de négociations. Son pendant « privé », le marché volontaire, est surnommé Far West tant il est peu régulé. Le prix moyen de la tonne de carbone y plafonnait à 4,4 dollars, alors qu’il devrait atteindre 75 dollars au minimum d’ici à 2030 pour garantir une limitation du réchauffement à 1,5°C.

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La compensation est présentée par ses détracteurs comme un « droit à polluer » qui ne remettrait pas en cause le modèle économique producteur d’émissions de gaz à effet de serre. Une forme de pensée magique selon laquelle elles disparaîtraient par le simple fait de planter des arbres. Pourtant, ces néoforêts sont souvent des monocultures qui séquestrent peu de carbone, présentent un risque pour la biodiversité et qui, en cas d’incendie, rejetteront à nouveau des millions de tonnes de CO2.