Politique

États-Unis : halte aux armes à feu !

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Fusil d’assault en vente libre à Duluth, dans les Grands Lacs.

Fusil d'assault en vente libre à Duluth, dans les Grands Lacs. © AP/SIPA/Steve Kuchera

Après la tragédie de Newtown, Barack Obama tente d’imposer un renforcement du contrôle des armes à feu. Il est confronté à la farouche résistance des ultraconservateurs et du lobby pro-gun, la National Rifle Association, qui pèse lourd aux États-Unis.

Un mois après la tragédie de Newtown, qui coûta la vie à 27 personnes, dont 20 enfants, le président Obama prend le taureau par les cornes et tente d’imposer un renforcement du contrôle des armes. Garanti par le sacro-saint deuxième amendement de la Constitution, le port d’arme est aux États-Unis un véritable fléau. Meilleure vérification des antécédents judiciaires et de l’état mental des acheteurs, restrictions sur la vente des chargeurs de haute capacité, poursuites aggravées contre ceux qui tentent d’acquérir frauduleusement une arme, interdiction de la vente des armes d’assaut (comme pendant la période 1994-2004)… Telles sont quelques-unes des mesures présentées par le président, entouré pour l’occasion d’enfants venus de tout le pays.

Ces propositions ambitieuses s’appuient sur deux statistiques. 1. 40 % des ventes d’armes (essentiellement entre particuliers ou lors de gun shows, ces foires aux armes très populaires) échappent à tout contrôle. 2. Sur les 80 000 Américains qui se sont vu refuser l’achat d’une arme en 2010, notamment pour avoir menti sur leur passé judiciaire, 44 seulement ont fait l’objet de poursuites pénales.

Antécédents

Aujourd’hui, alors que les armureries sont prises d’assaut par les Américains qui anticipent l’adoption d’une législation plus restrictive, il n’a jamais été aussi facile de se procurer une arme. Selon la loi fédérale, l’acheteur doit faire l’objet d’une simple vérification de ses antécédents. La délivrance d’un permis de port d’arme n’est pas nécessaire. Quelques États l’exigent, mais ils sont très peu nombreux : quatre sur cinquante. Pis, seuls six États, dont ceux de New York et de Californie, interdisent la vente de fusils d’assaut assimilables à une arme de guerre. Précisément le type d’arme acquise légalement par la mère d’Adam Lanza, le tueur de Newtown…

La National Rifle Association? Des millions d’adhérents et un budget de 300 millions de dollars.

Il faut dire que le camp pro-gun peut compter sur le soutien sans faille de la puissante National Rifle Association (NRA), qui compte plusieurs millions d’adhérents et dispose d’un budget de 300 millions de dollars. Une semaine après Newtown, celle-ci n’a pas hésité à demander que chaque école soit à l’avenir placée sous la protection de gardes armés. Et à mettre en ligne sur internet une vidéo accusant Obama d’hypocrisie parce qu’il s’oppose à cette mesure alors que ses deux filles sont surprotégées à la Maison Blanche.

Affaire personnelle

Les Américains restent très divisés. Selon un sondage réalisé après Newtown, 49 % d’entre eux seraient favorables à un contrôle accru, alors que les pro-gun seraient environ 42 %. Mais il n’est pas exclu que l’influence de la NRA soit surestimée. En 1994, la victoire législative des républicains a longtemps été analysée comme la conséquence directe de l’interdiction des armes d’assaut. Est-ce si sûr ? Après tout, la NRA n’a pas été capable d’empêcher la double élection d’Obama

De nouveaux acteurs sont entrés en piste, comme Michael Bloomberg, le maire de New York, aujourd’hui indépendant après avoir été tour à tour démocrate, puis républicain, qui a fait du gun control une affaire personnelle. Selon certains, le drame de Newtown fournit une occasion unique de renforcer le contrôle. Dominé par les républicains, le Sénat de New York vient d’adopter des mesures en ce sens. Au niveau fédéral, ce sera une autre paire de manches.

Le chef de l’exécutif pourrait réussir à imposer la mise en oeuvre de certaines des mesures proposées. Mais l’interdiction des armes d’assaut devra recevoir l’aval du Congrès. Or la majorité républicaine à la Chambre des représentants y est farouchement hostile. Déjà empoisonnés par les négociations budgétaires, les débats entre les deux partis s’annoncent – si l’on peut dire ! – explosifs. 

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